Alger sans Mozart de Canesi et Rahmani
"- Le gâteau est trop petit, disait-il, nous sommes affamés, si vous le partagez avec nous, il ne vous restera que des miettes.
Ainsi résumait-il la question algérienne : pour accéder au gâteau, il fallait nous chasser ! Je n'acceptais pas ses propos d'un anticolonialisme primaire.
- Je veux bien admettre que la colonisation est intrinsèquement mauvaise, il n'en demeure pas moins que nous sommes là et qu'il faudra faire avec nous. Nous ne sommes pas tous d'horribles colonisateurs. La majorité des pieds-noirs travaille avec le même dévouement, la même ferveur pour le bien de tous, indigènes et Européens.
- Nous voulons la liberté et l'honneur, Louise.
Je pris ses mains :
- Pourquoi t'attaches-tu à moi, Kader ?
- Je ne sais pas... tu es belle et puis quelque chose en toi m'émeut.
- Je suis belle comme la France et je t'émeus comme la France !"
Alger sans Mozart est un roman choral, une partition a plusieurs voix. Celles de Louise et Kader ; celle de Sofiane, fils de l'Algérie nouvelle, hybride dont la vitalité redonne à Marc, le metteur en scène parisien cynique, créativité et goût de vivre, préfigurant ce que pourraient être les relations apaisées entre les deux rives de la Méditerranée, le Sud débordant irriguant le Nord blasé.
Alger sans Mozart est un hommage aux exilés. Un hommage à la douleur des pieds-noirs qui ont aimé ce pays, lui ont donné le meilleur d'eux-mêmes et l'ont quitté sans jamais trouver une reconnaissance.
Un hommage à l'Algérie et aux Algériens écrasé par la destinée.
Alger sans Mozart est une mosaïque qui met en lumière soixante ans de schizophrénie. La schizophrénie de deux pays qui refusent d'admettre leurs liens irrémédiables.
Ce roman écrit par un Algérien et un Français s'attache à reconstituer le puzzle si complexe de l'Histoire commune aux deux pays.
Sans concession...
C'est dans le cadre de mon partenariat avec PTitBloG que j'ai reçu ce livre. Et, j'avoue que lorsque le livre est arrivé, j'ai de suite était complètement fascinée par la photo de cette femme en couverture.
Tout le charme des photos des années 60 y est concentré mais c'est surtout son expression qui m'a interpellée : "Qui regarde-t-elle avec autant d'Amour ?"
Je me suis alors plongée dans l'histoire... ou devrais-je dire dans l'Histoire ?
Ce roman est raconté à trois voix.
Il y a d'abord celle de Louise, rocailleuse, nostalgique et amoureuse, que j'aime imaginer accoudée à son balcon, au crépuscule, à contempler Alger au son des concertos de Mozart.
Louise a été belle, indomptable et passionnément amoureuse de Kader, que sa famille lui interdisait de fréquenter, mais avant tout d'Alger, sa ville. Louise est algérienne, parce que née en Algérie. Elle revendique ce droit du sol et refuse obstinément de se considérer comme française ou même pied-noire. Ses voisins, quant à eux, ne lui accordent pas cette reconnaissance. Elle ne peut être Algérienne parce qu'elle n'a ni le sang ni la religion de ce pays qu'elle aime plus que tout et finira par apprendre, avec beaucoup de douleur que :
"[...] on ne peut être de deux bords à la fois, qu'il faut choisir ou risquer d'être rejetée par les deux rives."
Nous découvrons son histoire au fil de ses rendez-vous avec Sofiane, son jeune voisin, à qui elle raconte l'Algérie d'avant, lui qui représente l'Algérie d'aujourd'hui. C'est par les mots de Louise qu'il apprend une partie de l'Histoire de son pays et tente de comprendre pourquoi la jeunesse algéroise souffre tant alors que la jeunesse française à tout.
Lorsque Marc, le neveu de Louise, metteur en scéne désabusé et mal dans sa peau, décide de retourner en Algérie, il conjuguera les mots de l'une avec la vie de l'autre pour en faire un magnifique témoignage en forme de paralléle : la décrépitude physique de Louise témoignant des difficultés du Pays.
Ce livre, écrit à quatre mains, lie à ravir la sensibilité Française et la sensibilité Algérienne comme pour nous faire prendre conscience de la douleur de ces "deux soeurs" séparées par la Haine, la Guerre, l'Histoire, l'Incompréhension.
L'édition est absolument magnifique, le papier est épais et agréable à tourner, le format donne presque l'impression d'ouvrir un album de photos... et c'est vraiment le sentiment qui en ressort tellement l'écriture est forte, visuelle, parfois même odorante.
J'ai noté beaucoup de très belles phrases, mais la seule que je vais vous livrer sera celle-ci :
"Les parfums de nos vies sont les mots d'amour de nos morts."
Et bien que Louise aime passionnément Mozart, c'est avec Mariem Labidi que je vais vous laisser, parce que c'est cette chanson qui a résonnée en moi pendant toute ma lecture :
Si c'était à refaire de Marc Levy
Andrew Stilman, grand reporter au New York Times, vient de se marier.
Le 9 juillet 2012 au matin, il court le long de l'Hudson River quand il est soudainement agressé. Une douleur fulgurante lui transperce le dos, il s'effondre dans une mare de sang.
Andrew reprend connaissance le 9 mai 2012... Deux mois plus tôt, deux mois avant son mariage.
A compter de cette minute, il a soixante jours pour découvrir son assassin, soixante jours pour déjouer le destin.
De New York à Buenos Aires, il est précipité dans un engrenage vertigineux. Une course contre la montre, entre suspense et passion, jusqu'au dénouement.... à couper le souffle.
Le nouveau roman de Marc Levy sonne chaque année pour moi l'heure des vacances. En effet, j'en ratais toujours la sortie parce que Monsieur Levy prenait un malin plaisir à être en tête des librairies le jour où je prenais l'avion pour le soleil et mon transat préféré.
Cette année, pas de vacances, j'ai donc pu me plonger pratiquement dès sa sortie dans ce tout nouveau roman.
Et c'est pour mon plus grand plaisir que j'ai découvert que Marc Levy était revenu au style de ses premiers romans, au point d'ailleurs de faire revenir l'officier Pilguez déjà croisé dans Et si c'était vrai...
Andrew Spilman, à qui la vie sourit, se retrouver poignardé lors de son footing matinal et se réveille ce qu'il croit être quelques minutes plus tard... Or, il découvre très vite qu'il est.... 2 mois plus tôt.
Il va alors très vite chercher à savoir qui lui veut du mal à ce point et surtout va tenter de réparer les erreurs qu'il a commises.
Alors, quoiqu'on dise de Marc Levy, que ce n'est pas de la littérature, que ce sont des livres de plage pour les neuneus, et bien moi, je le crie haut et fort : "Les livres de Marc Levy sont mes petits bonheurs, quelques heures de lecture pleines de beaux sentiments, d'amour et d'amitié.... Marc Levy est le jambon-coquillettes de mon enfance, celui qui fait tant de bien au moral."
Avec Si c'était à refaire..., j'ai retrouvé la magie de ses tous premiers romans teintés d'un peu de fantastique et me suis lancée avec Andrew Spilman dans cette enquête journalistique qui nous mène jusqu'en Amérique du Sud et au coeur de l'histoire violente de l'Argentine. Mon coeur s'est serré pour les Mères de la Place de Mai qui continuent de se battre pour faire toute la lumière sur cette triste page de leur H.
Et puis, invariablement, a tourné dans ma tête la question suivante : "Si j'avais la possibilité de revenir en arrière, qu'est ce que je ferais différemment ?". Alors, je ne peux m'empêchais de vous demander :
"Et pour vous, Si c'était à refaire.... que changeriez-vous ?"
C'était notre terre de Mathieu Belezi
Le domaine de Montaigne, quelque part dans le Dahra berbère, propriété depuis plus d'un siècle des Saint-André. Tel est le décor de ce roman choral entêtant qui tisse la trame complexe d'une page douloureuse de l'histoire de l'Algérie à travers les voix de six personnages. Tout à tout conquérantes, désespérées, implorantes, le plus souvent discordantes, ces voix s'interpellent et se répondent pour composer le chant funèbre de l'Algérie coloniale, celui des vainqueurs comme des vaincus, unis désormais dans la souffrance d'un déracinement insurmontable.
L'écriture libre et singulière de Mathieu Belezi, le souffle et le rythme incantatoire de ce roman en font une oeuvre unique.
C'est une fois de plus à Dorsi que je dois cette lecture. Merci de toujours partager si généreusement tes livres.
Nous faisons la connaissance de cette famille, français d'Algérie, propriétaire de plusieurs hectares de cette terre colonisée dans le Dahra Berbère.
Alors qu'ils ont vécu toute leur vie sur cette terre qu'ils considèrent comme la leur, les événements politiques et l'indépendance de l'Algérie va bouleverser leur quotidien.
Chacun des chapitres est écrit à la première personne mais change de narrateur pour nous permettre de connaître le point de vue des 6 membres de cette famille... mais aussi, de Fatima, leur bonne, a qui l'auteur donnera également la parole.
Ce fait de passer d'un protagoniste à l'autre nous permet de mieux cerner tous les bouleversements que la Guerre d'Algérie a occasionné dans cette famille, mais tout ce qu'elle a eu aussi comme impact sur cette communauté appelée "Français d'Algérie" puis "Pieds Noirs" lorsqu'ils n'ont eu d'autre choix que de quitter cette Terre qu'ils considéraient comme leur mais qui ne l'était pas tout à fait.
Certains ont aimé passionnément leur vie algérienne et en ont tiré une très grande nostalgie toute leur vie, d'autres l'ont détesté et ont été heureux de rentrer en France, même si au final, ils étaient considérés comme n'étant pas tout à fait français.
J'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir cette page de l'histoire, qui m'a révélé une part de l'Histoire parce que, je dois bien l'avouer, si j'ai bien évidemment entendu parler de la Guerre d'Algérie, je n'avais absolument aucune connaissance sur le sujet.
L'écriture de Mathieu Belezi est un peu particulière. Il use beaucoup de la répétition et, si cela m'a dérangée au tout début de ma lecture, j'en ai très vite pris l'habitude, d'autant que les phrases répétées servent absolument le texte puisqu'elles appuient sur les éléments les plus importants.
J'ai aimé ce livre, bien que j'ai peiné sur la fin et aurait peut être apprécié qu'il prenne fin un peu plus tôt. Aussi, je ne peux que vous le recommander si vous aussi vous voulez découvrir l'histoire de l'Algérie en passant par un roman familial.
Le coeur d'une autre de Tatiana de Rosnay
Bruce, un quadragénaire divorcé, un peu ours, un rien misogyne, est sauvé in extremis par une greffe cardiaque. Après l'opération, sa personnalité, son comportement, ses goûts changent de façon surprenante. Il ignore encore que son nouveau coeur est celui d'une femme. Mais quand ce coeur s'emballe avec frénésie devant les tableaux d'un maître de la Renaissance italienne, Bruce veut comprendre. Qui était son donneur ? Quelle avait été sa vie ? Des palais austères de Toscane aux sommets laiteux des Grisons, Bruce mène l'enquête. Lorsqu'il découvrira la vérité, il ne sera plus jamais le même...
Tatiana de Rosnay fait partie, depuis l'an passé à peu près, de ces auteurs que je lis juste pour le plaisir de lire, pour me détendre, sans me poser trop de questions.
Mais, celui-ci a vraiment été une jolie surprise.
Bruce est un quadra méprisant et odieux. Ce que j'appellerais dans la vie de tous les jours : un vrai con.
Lors d'une partie de tennis avec son meilleur ami, il présente des symptômes plutôt inquiétants qui mènent très vite à un diagnostic irrémédiable : Cardiomyopathie obstructive. La seule solution pour lui : une greffe du coeur.
Bruce a de la chance. Un coeur lui est assez vite transplanté. Son chirurgien lui annonce qu'une nouvelle vie va alors commencer pour lui. Il ne croit pas si bien dire.
En effet, assez rapidement, Bruce constate de drôles de phénomènes, des changements considérables dans son mode de vie, voir dans sa gestuelle... jusqu'au jour où il tombe en presque syncope devant le "Saint Georges terrassant le dragon" de Paolo Ucello, lui qui n'a jamais été réceptif à l'art.
Convaincu de vivre des émotions qui ne sont pas les siennes, Bruce décide de rechercher son donneur. Lorsqu'il apprend qu'il s'agissait d'une jeune femme, il ne résiste pas à remonter le cours de l'histoire de Constance, pour mieux comprendre les émotions qu'elle lui a transmise en lui donnant son coeur.
Tatiana de Rosnay part d'une hypothèse somme toute classique : si nous devenons dépositaire de l'organe de quelqu'un d'autre, recevons-nous également une part de sa personnalité ?
C'est un discours souvent entendu et qui ne trouve aucune justification scientifique.
Toutefois, le coeur, bien que simple moteur de la formidable machinerie humaine, est également l'objet de toute une mythologie. N'est-il pas le siège de nos émotions ? N'est-il pas le réceptacle de l'Amour que nous pouvons ressentir ? N'est-ce pas lui qui réagit en cas de bonheur ou de tristesse ?
Alors, si nous lui attribuons toutes ces facultés émotives, pourquoi ne les transmettrait-il pas à la personne à qui il est greffé ?
Voilà, une question qui restera sûrement sans réponse mais qui, pour autant, fait la base de ce très joli roman de Tatiana de Rosnay, sans pathos, mais avec beaucoup d'humour, de sentiments et d'Amour : tous les ingrédients pour passer un bon moment de lecture.
Et, parce qu'avant toute chose, ce roman rappelle qu'il est important de donner son sang, ses plaquettes, sa moelle ou ses organes. Et que pour le faire savoir plus vite, et pour limiter les questions à la famille dans les moments les plus douloureux, n'oubliez pas de passer par le site de France Adot pour demander votre carte de donneur.
Et, parce que je ne doute pas que vous avez été bien sage et que vous avez déjà demandé votre carte de donneur, je vous laisse avec ce clip de Stephen Bigot.
Un garçon singulier de Philippe Grimbert
"Maintenant que j'ai appris à le connaître, je l'aime et il m'effraie tout à la fois. Lui et sa mère vont trop loin, mais tous deux ont eu raison de mes résistances..."
Une simple annonce sur les murs de la faculté a sorti Louis de sa léthargie pour le précipiter sur la plage de son enfance à la rencontre d'une mère et de son fils, deux êtres hors du commun qui vont bouleverser sa vie et l'amener à affronter ce qui dormait au plus profond de lui-même.
Quatrième roman de Philippe Grimbert, Un garçon singulier nous plonge une fois de plus dans l'inconscient d'un Être.
Louis, étudiant un peu perdu et qui a tenté approximativement toutes les spécialités proposées par son université, tombe par hasard sur une petite annonce ainsi rédigée :
"Recherche jeune homme motivé pour s'occuper d'un adolescent singulier en séjour avec sa mère à Horville (Calvados)"
Ce qui va plus particulièrement attirer son attention est l'endroit. Horville, le lieu de ses vacances d'enfance, où il n'est pas retourné depuis si longtemps.
Bien sur, il est retenu pour le poste. Bien sur, il s'attendait à trouver un adolescent perturbé. Ce qu'il ne savait pas, c'était qu'il allait devoir se charger d'un enfant autiste dont la mère capitule devant tant d'incompréhension entre elle et son fils.
Alors que Louis se lance à corps perdu dans cette nouvelle aventure, alors qu'il est convaincu qu'il va pouvoir aider Iannis a faire des progrés énormes, il va se retrouver plongé dans un voyage initiatique, mené par le jeune garçon autiste, qui le ramènera dans ses souvenirs d'enfance pour mieux le faire grandir.
Encore une fois, l'écriture fine et délicate de Philippe Grimbert m'a enchantée. J'ai de suite été captivée par cette histoire et n'ai eu d'autre possibilité que de lire ce livre en une seule fois.
Si vous ne connaissez pas encore, Philippe Grimbert l'auteur, vous connaissez au moins la plus célèbre des adaptations de l'un de ses livres :
Ce qui vous donnera peut être l'envie de tenter l'aventure littéraire.
L'Enfant de tous les silences de Kim Edwards
1964. Une terrible tempête de neige paralyse le Kentucky. Le Dr David Henry n'a pas le choix : il doit accoucher lui-même sa jeune épouse, Norah, qui met au monde un magnifique garçon, puis une petite fille.... trisomique.
En un instant, David, persuadé d'agir pour le mieux, va prendre une décision tragique : il confie la petite à Caroline, son infirmière, qui doit l'emmener dans une institution spécialisée.
A Norah, il annonce que le bébé n'a pas survécu. Mais Caroline choisit de sauver la petite et de l'élever comme sa propre fille...
Des années plus tard, la vérité refait surface, et, avec elle, des conséquences dramatiques pour cette famille déchirée.
C'est à une amie que je dois cette lecture, et j'avoue que si elle ne m'avait pas prêté ce livre, je ne l'aurais certainement pas lu de moi-même. De prime abord, la quatrième de couverture sonnait pour moi comme une histoire difficile mais un peu à la Barbara Cartland où, au final, tout est beau dans le meilleur des mondes.
Et pourtant, bien qu'effectivement l'histoire démarre comme une jolie bluette amoureuse avec la rencontre « coup de foudre » d'Henry et Norah, je me suis vite laissée emmener dans cette saga familiale.
Après que Henry ai fait ce choix terrible d'abandonner sa petite fille trisomique et d'annoncer à sa femme la naissance d'un enfant mort-né, nous suivons en alternance l'évolution de la famille d'Henry et l'évolution de la vie de Caroline, son infirmière qui a choisi de fuir avec cette enfant un peu particulière.
Nous suivons donc l'évolution des deux enfants pendant les 25 premières années de leur vie, ainsi que l'évolution du couple Henry-Norah (qui ne se relèvera jamais vraiment de cette épreuve) et celle du tandem Caroline-Phoebe.
Sans pathos ni mélo, l'auteur parvient à nous embarquer dans cette histoire et établit bien les terribles conséquences que ce choix aura sur tous : un couple peut-il tenir lorsqu'il repose sur un terrible secret ? Un enfant peut-il grandir normalement quand les non-dits sont si présents ? Comment faire grandir un enfant trisomique dans une société qui refuse l'imperfection ?
Beaucoup de questions qui trouveront leurs réponses dans cette société américaine des années 60 aux années 90.
Alors, une fois de plus, alors que je démarrais ma lecture avec un a priori, j'ai fini par me plonger avec bonheur dans une histoire.... Tout comme Mya, d’ailleurs, qui en parle beaucoup mieux que moi.
Bifteck de Martin Provost
Chez Plomeur, à Quimper, on est boucher de père en fils. Alors que la Grande Guerre fait rage, le jeune André se découvre un don pour faire "chanter la chair" -et pas n'importe laquelle : celle des femmes, dont la file s'allonge devant la boucherie... Leurs hommes partis au front, celles-ci comptent sur lui pour goûter au plaisir suprême.
Hélas, le conflit s'achève et les maris reviennent. Un matin, le boucher trouve sur le pas de sa porte un bébé gazouillant dans un panier en osier, puis un deuxième, un troisième : du jour au lendemain, le voilà père de sept enfants, et poursuivi par un époux vindicatif...
Il y a du Gargantua et du Robinson Crusoë dans ce Bifteck exquis, à consommer sans modération !
C'est dans le cadre d'une lecture commune avec Totalybrune, Dorsi, et d'autres copines, que j'ai découvert ce tout petit livre (120 pages).
A la lecture du résumé, je m'attendais à une histoire de village breton, à une succession de conflits et de rivalités entre les maris rentrant de la guerre et ce boucher si expert de la chair qu'il a semé des enfants un peu partout.
Et qu'elle ne fut pas ma surprise quand, dès les premiers chapitres, je me suis retrouvée emmenée dans une fable un peu étrange sur la Paternité.
André, le jeune boucher, se retrouve soudainement père de 7 enfants, déposés devant le pas de sa porte discrètement quand les maris officiels rentrent au bercail plus ou moins amochés par la guerre. Il est tout jeune, ce boucher, on pourrait alors croire qu'il allait se retrouver bien embarrassé par tous ces bébés.
Et bien, pas du tout, il va se lancer à "cœur" perdu dans cette magnifique aventure et apprendre une chose essentielle à ses enfants :
"[...] que l'amour d'un père a plusieurs visages, et que pas un ne l'empêcherait d'être heureuse."
Finalement, ce livre qui m'a déconcertée au début m'a charmé par son côté un peu décalé et loufoque et sa très belle morale.
Mais, au final, rien de surprenant au fait que cette histoire soit belle, puisque Martin Provost n'est autre que le réalisateur de ce très joli film :
Charly 9 de Jean Teulé
Charles IX fut de tous nos rois de France l'un des plus calamiteux.
A 22 ans, pour faire plaisir à sa mère, il ordonna le massacre de la Saint-Barthélemy, qui épouvanta l'Europe entière. Abasourdi par l'énormité de son crime, il sombra dans la folie. Courant le lapin et le cerf dans les salles du Louvre, fabriquant de la fausse monnaie pour remplir les caisses désespérément vides du royaume, il accumula les initiatives désastreuses.
Transpirant le sang par tous les pores de son pauvre corps décharné, Charles IX mourut à 23 ans, haï de tous.
Pourtant, il avait un bon fond.
Je ne suis pas particulièrement fan d'Histoire mais j'ai entendu plusieurs fois Jean Teulé en interview pour ce livre. Il en parle avec tellement de passion que je me suis laissée convaincre.
Et, quel plaisir que cette lecture !!
En effet, l'écriture est simple et actuelle, cynique et bourrée d'humour mais surtout sans concession. J'ai de suite eu la sensation de me plonger dans un très bon roman, et non pas dans un cours d'Histoire. Et pourtant, tous les faits relatés sont avérés et surtout, complètement délirants.
Jean Teulé nous présente Charles IX à la veille du massacre de la Saint-Barthélémy. C'est un roi jeune et influençable, complètement sous la coupe de sa mère, Catherine de Médicis qui n'a d'Amour que pour son autre fils, François. Ce dernier ridiculise d'ailleurs constamment ce frère qu'il trouve trouillard et sans caractère bien que Roi de France.
Déjà fragile nerveusement et intellectuellement, le massacre de la Saint-Barthélemy va faire sombrer Charles IX dans la folie, ce qui le mènera à sa fin, l'année suivante à l'âge de 23 ans.
Jean Teulé nous présente donc ici une cour complètement décadente, un Roi Fou pris d'hallucinations, bien loin du faste que l'on pourrait imaginer de la vie à la Cour Royale.
J'ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture. Et je n'ai qu'un conseil, partez vite à la rencontre de Charly 9.
La Délicatesse de David Foenkinos
"François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m'en vais. C'est la boisson la moins conviviale qui soit. Un thé, ce n'est guère mieux. On sent qu'on va passer des dimanches après-midi à regarder la télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Finalement, il se dit qu'un jus, ça serait bien. Oui, un jus, c'est sympathique. C'est convivial et pas trop agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l'orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye ou la goyave, ça fait peur. Le jus d'abricot, c'est parfait. Si elle choisit ça, je l'épouse...
- Je vais prendre un jus... Un jus d'abricot, je crois, répondit Nathalie.
Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité."
Deuxième lecture commune avec ma Totalybrune préférée.
Je dois bien vous avouer que c'est avec beaucoup d'appréhension que j'ai ouvert ce livre.
Pourquoi, me direz-vous ?
D'abord, parce qu'on en a tellement entendu parler que j'avais peur d'être déçue. Et puis, lorsque j'ai lu "Les Souvenirs" en Octobre dernier, j'avais gardé une petite déception.
Mais, alors là, comment dire !!!! Dès les premières pages, je suis entrée dans cette histoire et je n'ai lâché mon livre qu'une fois la dernière page tournée.
Pour mon plaisir, il y a l'écriture de David Foenkinos, très drôle même (et surtout) dans les moments les plus difficiles. Cette petite manie d'installer des notes de bas de page ou des petits bonus me plait particulièrement.
Et puis, et surtout, il y a l'histoire... Nathalie, dont la vie nous rendrait jaloux, perd du jour au lendemain François. Cet Amour est tellement parfait qu'on imagine difficilement comment elle va pouvoir sortir de sa tristesse... Mais, au fil des pages, elle reprend goût à la vie, doucement, un pas après l'autre, toute en délicatesse, grâce à Markus. Markus, que personne n'aurait donné gagnant, parce qu'il est ordinaire, effacé et peut être pas tout à fait assez beau pour se marier à la beauté de Nathalie.
Comme j'ai aimé, m'asseoir et les regarder, se tourner autour, puis se trouver... Cette histoire est magnifique.
Et moi qui n'ai pas encore vu le film, j'ai bien envie, une fois encore, de m'asseoir, de les regarder, se tourner autour, puis se trouver... Mais cette fois, avec l'image et le son.
Et puis, Paulette... de Barbara Constantine
Ferdinand vit seul dans sa grande ferme vide. Et ça ne le rend pas franchement joyeux. Un jour, après un violent orage, il passe chez sa voisine avec ses petits-fils et découvre que son toit est sur le point de s'effondrer. A l'évidence, elle n'a nulle part où aller. Très naturellement, les Lulus (6 et 8 ans) lui suggèrent de l'inviter à la ferme. L'idée le fait sourire. Mais ce n'est pas si simple, certaines choses se font, d'autres pas...
Après une longue nuit de réflexion, il finit tout de même par aller la chercher.
De fil en aiguille, la ferme va se remplir, s'agiter, recommencer à fonctionner. Un ami d'enfance devenu veuf, deux très vieilles dames affolées, des étudiants un peu paumés, un amour naissant, des animaux. Et puis, Paulette...
Il s'agit du quatrième roman de Barbara Constantine et quand je l'ai vu sur la table de mon libraire, je n'ai pas pu résister. J'ai aimé chacun des trois précédents. (Je vous ai d'ailleurs parlé sur ce blog de Allumer le Chat et de Tom, petit Tom, tout petit homme, Tom)
Et puis, le résumé me plaisait bien : Des personnes âgées, seules qui, petit à petit, se retrouvent à vivre sous le même toit, brisent ainsi leur solitude respective et finissent par s'ouvrir également à des jeunes un peu perdus dans leur vie.
J'imaginais ce que ce mélange de générations pouvait donner de comique et de tendre.
Je n'ai pas été déçue, loin de là. Bien que ce Et puis, Paulette... soit peut être moins drôle que les précédents opus.
En effet, Barbara Constantine met plus l'accent sur la solitude et la tristesse de la vieillesse... Bien qu'en parallèle, on croise également des personnages bien plus jeunes qui souffrent beaucoup d'être seuls.
Mais de son écriture, il ressort surtout beaucoup de tendresse et une très belle idée : Chaque génération, avec tolérance et quelques efforts de compréhension, apporte son petit plus à cette drôle de communauté pour que chacun y trouve sa place, s'épanouisse et vive heureux.
Il y a une très belle leçon à tirer de tout cela, non ?
Enfin, vous l'aurez compris, Barbara Constantine, encore une fois, m'a apporté quelques pages de bonheur, comme un bonbon qu'on laisse doucement fondre sur la langue. Et puis, cela m'a permis de prendre des nouvelles des protagonistes des précédents livres puisqu'on les croise de çi de là avec beaucoup de bonheur.
D'ailleurs, quelquechose me dit qu'on n'a peut être pas fini d'entendre parler de cette Paulette...



