05 avril 2012

Le Café de l'Excelsior de Philippe Claudel

001Viens donc Jules, disait au bout d'un moment un buveur raisonnable, ne réveille pas les morts, ils ont bien trop de choses à faire, sers-nous donc une tournée...
Et Grand-père quittait son piédestal, un peu tremblant, emporté sans doute par le souvenir de cette femme qu'il avait si peu connue, si peu étreinte, et dont la photographie jaunissait au-dessus d'un globe de verre enfermant une natte de cheveux tressés qui avaient été les siens, et quelques pétales de roses à demi tombés en poussière. Il saisissait une bouteille, prenait son vieux torchon à carreaux écossais et, lent comme une peine jamais surmontée, allait remplir les verres des clients.

 

Philippe Claudel est un auteur qui me touche tout particulièrement. J'ai été choquée par la peinture d'une certaine société qu'il décrit dans "Les âmes grises" et j'ai pleuré à chaudes larmes avec son absolument magnifique livre "La Petite Fille de Monsieur Linh".

Dans ce tout petit livre (83 pages), l'auteur nous plonge dans les souvenirs d'un homme, élevé par son grand-père jusqu'à l'âge de 11 ans et nous livre, tels qu'ils lui reviennent, tous les petits bonheurs vécus auprès de cet homme dont l'estaminet "était l'abreuvoir des dieux à mobylettes [...]"

Nous entrons donc dans un monde plein de poésie, de la poésie des gens simples et de la vie de tous les jours.
De la poésie que crée ce grand-père pour rendre la vie de son petit-fils merveilleuse malgré ses difficultés.

Il y a surtout beaucoup de Respect et d'Amour, dans ces quelques pages qui nous rappellent que le plus précieux, dans une vie, sont tous les petits moments partagés avec les siens parce que si :

"Les années entaillent le front des hommes à mesure qu'elle ronge leurs coeurs et si l'on dit que la vie se lit sur l'usure d'un visage, c'est que nos corps penchés trahissent nos errements et nos peines.
Mais il suffit parfois qu'une main -celle des songes, ou la nôtre- ferme les yeux à ceux que l'on aime pour les voir redevenir jeunes et beaux, purs des crasses et des suints du malheur."
 

Merci, Mathieu, d'avoir partagé avec moi cette lecture... 

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21 mars 2012

Les Auteurs du Noir Face à la Différence

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La détresse d'une femme amnésique, une tragique balade en mer, un ange qui tue, les sévices ou la solitude, le sacrifice de jeunes albinos en Afrique, un racket infernal, le piège d'une pickpocket, un dingue du scalpel, la bête humaine, le drôle de journal intime d'une petite fille autiste...

15 auteurs, 15 talents, 15 histoires très noires pour illustrer la différence et décrire ce terrible regard qui pourrit la vie de toutes les victimes de discrimination.

 

Je vous ai annoncé le 15 février dernier la sortie de ce recueil de nouvelles.
Bien que je ne doute pas que vous vous soyez tous précipités en librairie pour vous le procurer, je reviens vous en dire plus aujourd'hui.

Comme je le dis à chaque fois, un recueil de nouvelles est toujours un excellent moyen de découvrir de nouveaux auteurs et de nouveaux univers.
C'était encore une fois le cas pour moi avec celui-ci puisque, à part Gaëlle Perrin dont je vous ai déjà parlé, il ne s'agissait que d'auteurs qui m'étaient complètement inconnus.

Est-ce que j'ai tout aimé ?

Oui, et pourtant, certaines de ces nouvelles m'ont choquée, d'autres m'ont déstabilisée, voir déroutée... l'une d'elle m'a même fait mal en frôlant l'insoutenable de notre société.

Sûrement parce qu'elles mettent toutes le doigt sur une situation à laquelle, au final, nous avons tous déjà été confronté : être en face de quelqu'un de différent.

Je vous recommande donc de vous plonger dans ce recueil de nouvelles parce que

Faire face à la différence, c'est refuser l'indifférence

Parce que ce recueil est la preuve que les auteurs ont du coeur et, bien que leur texte ait été offert, ils ont quand même mis toute la qualité dont ils sont capables dans leur écriture.

Et surtout, parce que les droits sont reversés intégralement à l'association

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et qu'à lui seul, cet argument devrait suffire.

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12 décembre 2011

La Patience des buffles sous la pluie de David Thomas

002 Je sais qu'elle m'a aimé mais qu'elle ne m'aimera jamais plus.
Je n'en souffre pas. J'accepte son absence comme quelque chose d'irrémédiable.
Je n'attends rien, je ne souhaite que de me retrouver seul sans son image floue.
Je trouve cela long, si long qu'il m'arrive d'en désespérer.
Alors, parfois, pour me rassurer et parce que je refuse de me battre inutilement contre ce qui me dépasse, je songe à ces buffles dans ces plaines africaines qui, lorsque l'orage s'abat sur la savane, se maintiennent solidement sur leurs quatre pattes, baissent la tête et attendent, immobiles, que cesse la pluie.
 



Il y a deux choses qui m'ont fait acheter ce livre : la couverture que je trouve magnifique, et le titre.

Il s'agit d'un petit recueil (151 pages) de petites nouvelles (certaines ne font même pas une page) mais chacune d'elles sont d'une grande intensité et dépeignent avec justesse des petits moments de la vie, que nous avons tous rencontrés ou que nous rencontrerons tous.

Elles traitent en général des relations avec les autres, mais surtout avec l'Autre, du frisson de la rencontre au mordant de la rupture.
Certaines m'ont fait sourire parce que je me suis vraiment retrouvée dans ce qu'elles racontaient, d'autres m'ont touchée.

J'ai particulièrement aimé l'image des buffles, patients, sous la pluie qui symbolise de façon très naturelle et très poétique à la fois la fameuse expression "Après la pluie, le beau temps".

La nouvelle intitulée "Insomnies" a aussitôt fait résonner une chanson de Renan Luce dans ma tête, alors, une fois n'est pas coutume, nous finissons en musique :

 



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05 avril 2011

Le Voisin de Tatiana de Rosnay

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Un mari souvent absent. Un métier qui ne l'épanouit guère. Un quotidien banal. Colombe Barou est une femme sans histoires. Comment imaginer ce qui l'attend dans le charmant appartement où elle vient d'emménager ?
A l'étage supérieur, un inconnu lui a déclaré la guerre. Seule l'épaisseur d'un plancher la sépare désormais de son pire ennemi... Quel prix est-elle prête à payer pour retrouver sommeil et sérénité ?

 

Avec ce livre, j'ai frissonné, j'ai psychoté, je me suis relevée le soir pour vérifier que ma porte était bien fermée, mon souffle est devenu haletant... et très vite, j'ai eu envie d'arriver au bout pour connaître enfin la vérité.

Parce que je dois bien l'avouer, au fil des pages, je me suis poser mille questions.... Bon, ok, au moins quatre questions :

- Pourquoi le voisin, médecin de surcroît, persécute-t-il cette si gentille Colombe ?

- Mais, ce voisin existe-t-il vraiment ?

- Ou est-ce que cette si-gentille-Colombe n'aurait-elle pas plutôt perdu les pédales ?????

- Et si c'était son mari qui la manipulait ?

Enfin, bref, vous l'aurez compris, il y a tout un tas de sensations dans ce livre et si vous avez envie de connaître le fin mot de cette "banale" histoire de voisinage, vous n'avez plus qu'à entamer la lecture de ce roman... mais, attention, peut-être que, comme moi, vous n'aurez pas envie de le refermer tant que vous n'aurez pas le fin mot de l'histoire.

Pour un autre avis, consulter Totalybrune et Isabel

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13 mars 2011

Vieilles Peau d'Anna Rozen

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 Cressida, auteure à succès, n'est plus tout à fait ce qu'elle était et préfère se perdre dans sa mémoire plutôt que de voir ce qui est en train d'advenir.
Marthe est plus conventionnelle et se regarde vieillir aux côtés de Fernand, cramponnée dans une rassurante routine.
Et puis il y a les autres. Toutes ces femmes qui s'inventent un rôle, un destin, une vie.... avant la mort.

Avec esprit et justesse, Anna Rozen nous décrit comment le temps se joue cruellement de ses victimes.

 

 Est-ce que nous ne sommes pas toutes à traquer les signes du temps, sur notre visage, notre corps ? Est-ce que nous ne sommes pas toutes à tenter les remèdes miracle qui vont nous permettre de conserver notre jeunesse le plus longtemps possible ?????

Malheureusement, s'il y a bien toujours un gagnant dans cette bataille inutile, c'est le temps, qui, petit à petit nous entraîne vers la vieillesse.

Avec ces trois nouvelles, Anna Rozen nous fait suivre quelques instants de la vie de femmes qui se découvrent vieillissantes... Cela pourrait être triste, déprimant, démoralisant, voir pathétique... Mais sous la plume d'Anna Rozen, cela devient drôle, émouvant, touchant...

Un tout petit livre, mais beaucoup d'émotions.

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