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Le Bûcher de Moorea de Patrice Guirao
La Bête Noire, Robert Laffont
En librairie depuis le 16 Mai 2019
391 pages, 19 €

Derrière chaque paradis, il y a un enfer. Bienvenue en Polynésie ! Dans le lagon de Moorea, les eaux calmes et bleues bercent quelques voiliers tranquilles. Les cocotiers dansent au vent. Les tiarés exhalent leur parfum. Pourtant, à l'abri de la forêt, des flammes se fraient un chemin vers le ciel. Lilith Tereia, jeune photographe, tourne son appareil vers le bûcher. Devant son objectif, des bras, des jambes, des troncs se consument.

Et quatre têtes. Pour quels dieux peut-on faire aujourd'hui de tels sacrifices ? Avec Maema, journaliste au quotidien de Tahiti, Lilith est happée dans le tourbillon de l'enquête. Les deux vahinés croiseront le chemin d'un homme venu de France chercher une autre vie. Un homme qui tutoie la mort.

Lilith Tereia est une jeune femme fascinante qui oscille entre modernité et tradition. Elle porte fièrement les tatouages tribaux polynésiens, quitte à choquer son oncle qui l'a élevée pour qu'elle s'affranchisse de ces vieilles coutumes.
Lilith pourrait trouver que son île est bien trop petite pour elle, qui a un mana si fort et pourtant, pourquoi quitterait-elle le soleil, le sable blanc, le turquoise de l'océan et la douceur de vivre de la Polynésie ?

Certainement parce que :

"Il n'y a pas de paradis qui ne porte en lui son enfer. C'est une nécessité.
C'est lui qui indique les limites de propriété, en quelque sorte."

Quand l'enfer débarque dans son Paradis, qu'elle se retrouve confrontée à un meurtre ultra-violent et croise un homme étrange venu de métropole, Lilith ne peut que tenter de comprendre pourquoi l'air a subtilement changé pour se charger de souffre !

Avec "Le Bûcher de Moorea", Patrice Guirao offre aux lecteurs un polar "noir azur" magnifiquement orchestré ajoutant au style classique du polar (un meurtre horrible, un enquêteur hors norme, un méchant et quelques gentils) une pincée de la spécificité des îles pacifiques, de leurs coutumes, de leur art de vivre, de leur environnement péninsulaire, de leurs révoltes sociétales et politiques.

Cette notion de "noir azur" permet de s'immerger à la fois dans une histoire noire et dans une culture riche, fascinante. Le rythme du polar se trouve modifié, il est alors régi par la spécificité de l'environnement, le temps semble s'allonger, s'étirer, se chauffer au soleil.... et pour autant, jamais il ne semble devenir lent.

L'écriture de Patrice Guirao donne à ses personnages une réelle substance, une consistance très cinématographique. Ils sont décrits avec justesse, sans superflu, avec juste ce qu'il faut de détails pour qu'ils puissent prendre corps dans l'esprit du lecteur.

L'auteur mêle à la fois poésie, amour de son île, noirceur de l'histoire et musicalité, offrant ainsi un vrai polar impossible à lâcher.

Au fil des pages, l'enfer grignote le paradis, les forces s'opposent, la puissance du mana entre en scène, un monde vacille... et si, finalement, le "noir azur" offrait au lecteur une nuance supplémentaire au plaisir de lire  !

La première phrase :

"Le ciel commençait à peine à regrouper ses étoiles."

Et pour d'autres avis, n'oubliez pas de visiter Collectif Polar,  Sous le feuillage, Sonia boulimique des livres, Les cibles d'une lectrice "à visée"...