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Le tombeau d'Apollinaire de Xavier-Marie Bonnot
Belfond
En librairie depuis le 4 Octobre 2018
397 pages, 19 €

"Du fin fond de ma mémoire, les fusées surgissent de la position boche. Même lumière traçante sur la peau du monde. Je les revois, partant de l'ennemi et foncer sur nous en un tir de nuit. Parfois, j'appelle mon lieutenant, quand la lune monte et que nous sommes au créneau. Il était Apollinaire. J'étais son sergent. Nous étions artistes dans la guerre et copains par la suite."

Dans les tranchées de la Grande Guerre, le sergent Philippe Moreau dessine les horreurs qu'il ne peut dire. 
Son chef le sous-lieutenant Guillaume de Kostrowitzky, écrit des articles, des lettres et des poèmes qu'il signe du nom de Guillaume Apollinaire. La guerre, comme une muse tragique, fascine l'auteur d'Alcools. Pour Philippe Moreau, jeune paysan de Champagne, elle est une abomination qui a détruit à jamais son village. Blessés le même jour de mars 1916, les deux soldats sont évacués à l'arrière et se perdent de vue. 
Philippe Moreau va tout faire pour retrouver son lieutenant. Une quête qui l'entraîne jusqu'à Saint-Germain-des-Prés et Montparnasse, où il croise Cendrars, Picasso, Cocteau, Modigliani, Braque... Guillaume Apollinaire est mort il y a tout juste cent ans. A travers le regard attendri et critique d'un sacrifié de la Grande Guerre, Xavier-Marie Bonnot raconte avec puissance les dernières années de la vie de l'auteur du Pont Mirabeau.

Dans la violence des tranchées, sous les pluies de bombes, Philippe Moreau est sous les ordres du Sous-Lieutenant Guillaume de Kostrowitzky.
Très vite, une forme de fascination naît de cette cohabitation improbable entre l'enfant de la campagne, Philippe, et le mondain parisien, Guillaume.
Il faut dire que l'un est constamment un crayon à la main, écrivant une lettre, un article, quelques poèmes dans un carnet... pendant que l'autre dessine les horreurs de leur quotidien.

"La guerre, avant tout, ça pue la tripe et la merde qui sèchent. L'homme, avarié.
La guerre, c'est humide et putride."

Il faut dire que Philippe ne sait pas que son Sous-Lieutenant fait partie de la nouvelle avant-garde culturelle française et se fait connaître sous le nom de Guillaume Apollinaire.
Au fil des paroles de Guillaume qui revient de permission, Philippe découvre alors la nouvelle école française avec Cendrars, Picasso, Cocteau.... un univers bien loin de son quotidien mais qui le fascinera jusqu'à la fin de ses jours.

"L'art, les heures qu'on y passe, c'est toute notre peau et ça tient à peu de chose."

Pour le centenaire de la mort d'Apollinaire, Xavier-Marie Bonnot revisite et décrypte certains de ses poèmes les plus célèbres et leur redonne les couleurs d'une époque mouvementée, violente et dans laquelle les sentiments sont démultipliés et la volonté de vivre exacerbée.

Le tombeau d'Apollinaire est un roman dense plongeant à la fois le lecteur dans la violence des tranchées et dans la violence des sentiments amoureux et amicaux d'une époque qui annonce déjà le changement de la face du Monde.
Par le décryptage de la vie des hommes dans les tranchées, de la guerre mais aussi du juste après, Xavier-Marie Bonnot dévoile peu à peu les changements de la société qui s'annoncent et se lisent à travers le renouveau de l'art quel qu'il soit mais toujours témoin et révélateur de la société du moment.

Il y a du sang, des tripes, de la violence dans ce roman.... Mais il y a aussi de l'Amour, de l'Amitié, du Respect, de l'Admiration et du Talent.

Un roman magistral sur le don de soi, le pouvoir de la création, la force de la vie !

La première phrase :

"Me voici presque un siècle, au bout de la vie."

 

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