femmealamobylette

Femme à la mobylette de Jean-Luc Seigle
Flammarion
En librairie depuis le 23 Aout 2017
238 pages, 19 €

J'ai Lu
En librairie depuis le 3 Octobre 2018
283 pages, 7,80 €

Abandonnée par tous avec ses trois enfants, Reine n'arrive plus à faire face. Sa vie finit par ressembler à son jardin qui n'est plus qu'une décharge. Son horizon paraît se boucher chaque jour davantage, alors qu'elle porte en elle tant de richesses. Seul un miracle pourrait la sauver... Et il se présente sous la forme d'une mobylette bleue. Cet engin des années 1960 lui apportera-t-il le bonheur qu'elle cherche dans tous les recoins de ce monde et, surtout, à quel prix ?
Jean-Luc Seigle dresse le portrait saisissant d'une femme ordinaire au bord du gouffre. 

Ce faisant, c'est une partie de la France d'aujourd'hui qu'il dépeint, celle des laissés-pour-compte que la société en crise martyrise et oublie.

Reine est abandonnée de tous. Elle n'a pas d'emploi, son mari est parti avec une femme riche, son jardin ressemble à une décharge et sa maison se dégrade de plus en plus.
Reine commence à abandonner la vie. Sa raison s'égare et alors que les enfants sont encore couchés, elle se demande si elle n'a pas commis l'irréparable lorsqu'elle trouve le couteau de cuisine posé devant elle.
Alors qu'elle se dit qu'il va falloir se reprendre en main pour survivre, Reine découvre dans son jardin une vieille mobylette. C'est cette dernière qui va lui donner un sursaut d'énergie, lui permettre d'agrandir son horizon et peut-être de trouver du travail !

"Ce matin encore, elle repense à ce travail que plus personne ne veut faire parce qu'elle sait qu'il n'y a pas de meilleure place pour elle que là où les autres ne sont pas."

Reine est un personnage étrange, à la fois touchante et un peu folle (!). Elle semble enfermée dans un monde immature mais doit aussi assumer les responsabilités d'une famille.
Il faut dire que Reine est devenu mère tout de suite après avoir été enfant. Elle n'a pas été femme, libre, indépendante, rêveuse, insouciante. Elle a dû, très vite, devenir la mère nourricière sans connaître les joies de l'Amour, de la séduction, du sexe. 

Reine se débat avec les difficultés de la vie : se nourrir, payer les factures, habiller les enfants, sauver les apparences.
Reine rêve, se construit un univers puis tente de le partager avec le reste du Monde... Mais celui-ci est-il prêt à se voir livrer un univers de paillettes et de fanfreluches ?

"Elle est folle. D'amour. Mais folle quand même."

Pas tout à fait .....

Reine, depuis toujours, subit la vie.... Mais il ne faut jamais oublier la force d'une femme blessée et en colère.

Le roman de Jean-Luc Seigle est un magnifique portrait de femme, un plaidoyer en faveur des oubliés de la vie qui chaque jour se battent pour exister et développent des génies d'astuces et de rêves pour rester debout quoi qu'il arrive.

Femme à la mobylette est un roman d'écorché vif, émouvant, percutant parfois, tendre beaucoup, drôle quelquefois... mais surtout terrible !

Un magnifique portrait de femme, touchant, sensible, oppressant un peu aussi.

Mais alors que ce roman peut sembler d'une banalité affligeante sur la France d'en bas, une fois sa dernière page tournée, il n'est plus possible de l'oublier... Comme si Reine était devenue une amie, une soeur, un membre de la famille dont on aurait effacé l'existence et qui se rappellerait à nous avec violence !

La première phrase :

"Reine une grosse dormeuse."

 

Et pour d'autres avis, n'hésitez pas à rendre visite à Joëlle, OnLaLu, Carobookine, Antigone...