neprononcez


N
e prononcez jamais leurs noms de Jacques Saussey
Toucan Noir
En librairie depuis le 11 janvier 2017
490 pages, 19, 90 €

"Le train roulait de plus en plus vite. II passa sur un aiguillage qui le fit tanguer comme un navire pris dans les vagues d'un chenal agité par le vent. Les yeux écarquillés de Karine s'abaissèrent vers le plancher. Sous le siège 66, la poignée du sac avait basculé en pleine lumière. Elle s'accroupit et le tira vers elle, et ce fut soudain comme si elle avait pu voir au travers du tissu. Comme si cette forme oblongue qui le déformait lui avait murmuré quelques mots funestes à l'oreille. 
Elle eut juste le temps de prendre une profonde respiration pour pousser un hurlement. Et puis le monde s'éteignit dans un grand éclair blanc."


Ne prononcez jamais leurs noms est la sixième enquête du Capitaine Daniel Magne et du Lieutenant Lisa Heslin. Certainement la plus dangereuse..

Le Capitaine Magne a été muté au Pays Basque pour insubordination. Il faut dire que c'est une forte tête et qu'il a pour fâcheuse habitude de ne pas suivre les directives qui lui sont données !
Alors qu'il n'est pas en service, il assiste à l'explosion d'un train en gare... Mais, déformation professionnelle oblige, alors qu'il regarde autour de lui pour comprendre ce qu'il vient de se passer, il détecte un personnage au comportement suspect.

Ce qu'il ne sait pas encore, c'est qu'il a affaire à un psychopathe qui va le kidnapper...

Lisa, qui l'a pourtant quittée avec violence, va alors se lancer à la recherche de celui pour qui son coeur bat plus que tout.

Un jeu du chat et de la souris impitoyable va alors démarrer...

Suite directe de La Pieuvre en ce qui concerne la relation de Daniel Magne et Lisa Heslin, ce roman de Jacques Saussey annonce toutefois une enquête complètement indépendante des précédentes aventures de ses deux héros récurrents.

Et c'est avec une noirceur infinie que l'auteur nous plonge au coeur même de l'âme d'un psychopathe avide de reconnaissance et de publicité mais surtout à l'esprit totalement gangrené par la haine.

En alternance avec le journal intime de ce dernier, l'histoire se déroule sur seulement quelques jours et ne permet à aucun moment à son lecteur de souffler...

L'écriture est simple, fluide, précise mais surtout d'une noirceur infinie disséquant les motivations du tueur de masse avide de reconnaissance publique et adoptant la seule ligne de défense efficace : puisqu'il veut mourir dans la gloire, ne jamais donner son identité ni son nom, le laisser mourir dans l'ignorance la plus complète... Et surtout, surtout, ne jamais en faire un martyr !

Si Jacques Saussey signe ici un polar à la facture somme toute classique, ses personnages sont percutants, leur psychologie creusée à l'extrême permet de développer mille sentiments et surtout, de tourner les pages avec frénésie pour connaître le dénouement !

Un roman noir et violent mais diablement bien ficelé !

La première phrase :

"24 février 2015

Au moment où le train amorça son entrée en gare, Karine Monteil posa instinctivement la main sur l'épaule de Jérémie."