lepiquenique

Le pique-nique des orphelins de Louise Erdrich
Traduction d'Isabelle Reinharez
Albin Michel
En librairie depuis le 1 janvier 2016
467 pages, 24 €

La dernière chose que Mary et Karl entrevoient de leur mère, c'est la flamme de ses cheveux roux émergeant du biplan qui l'emporte pour toujours aux côtés d'un pilote acrobate... Devenus orphelins, les enfants montent dans un train de marchandises afin de trouver refuge chez leur tante, dans le Dakota du Nord. Ainsi commence, en 1932, une chronique familiale qui s'étend sur plus de quarante ans, et fait vivre toute une galerie de personnages hors du commun en proie aux paradoxes de l'amour. 

Le pique-nique des orphelins commence comme une histoire familiale un peu saugrenue. 

Adelaïde vit une histoire avec un homme marié avec qui elle a pourtant trois enfants, dont un nourrisson. Alors que celui-ci la quitte, elle tente de sauver les apparences bien que devenue mère sans domicile fixe.
Afin de les divertir un peu et d'occuper la journée, elle emmène les enfants à la fête foraine, elle part à bord du biplan du pilote acrobate et... ne reviendra jamais.

Mary et Karl voient leur mère partir, leur petit frère dans les bras... petit frère qu'un inconnu va bientôt leur prendre sous un faux prétexte et qu'ils ne reverront jamais.

Ils vont alors devoir se débrouiller. Il a quatorze, elle n'en a que onze. Nous sommes en 1932 et leurs deux vies viennent de basculer !

Sur fond de saga familiale qui durera quasiment un demi-siècle, Louise Erdrich dépeint toute une époque avec ce qui peut sembler de la lenteur mais qui, surtout, permet au lecteur de s'ancrer dans cette Amérique profonde en pleine révolution économique et industrielle.

Par l'alternance de voix, il est alors possible de découvrir une époque à deux vitesses.

Karl vit sur les routes, vend les nouveautés et innovations qui arrivent doucement sur le marché alors que Mary semble destinée à rester à Argus toute sa vie, à la place qui lui a été attribuée de façon immuable sans même songer à ce qu'il puisse en être autrement.

Cette grande fresque épique et familiale est également le prétexte pour traiter de l'éternel problème des relations entre les amérindiens et les "blancs" qui semblent à la fois cordiales et tendues dans ce Dakota du Nord qui peine à se construire.

Les personnages sont tellement hauts en couleurs, leurs univers respectifs tellement incroyables (mêlant à la fois onirisme au bord de la folie et terrible réalité) que la magie opère très vite sur le lecteur rendant cette histoire absolument addictive.

Louise Erdrich est considérée comme l'une des auteures majeures de la littérature américaine et ce second roman, pourtant passé complètement inaperçu lors de sa première sortie en France, révèle une magnifique conteuse.

Un roman magique, fort, écrit avec finesse et brin de folie... un vrai beau moment de lecture !

 

La première phrase :

"Bien avant qu'on ne plante des betteraves à Argus et construise les autoroutes,
il y avait une ligne de chemin de fer."

 

N'oubliez pas de passer chez Totalybrune pour lire son avis.