L'Enfer

Régine Deforges tout au long de sa carrière d’écrivain a commis plusieurs ouvrages plus qu’érotiques. Certains d’une sexualité classique, comme Rencontres ferroviaires, où avec quelques nouvelles elle joue avec les fantasmes les plus courants. Et d’autres beaucoup plus obscènes comme L’orage.

Dans ce très court livre, cette nouvelle devrai-je dire, une centaine de pages où l’on triche sur la police et la mise en page du texte, on aborde des paraphilies extrêmes. Viol, femme-objet scatologie et zoophilie…

Alors à quoi bon en parler si c’est si bizarre et « sale » ?

Et bien parce que la lecture que j’en ai eu est différente, ce n’est pas un livre que l’on va, que l’on doit lire pour stimuler la libido, non loin de là.

Ce livre c’est le journal intime de Marie, une jeune veuve. Elle a perdu son mari dont elle était folle amoureuse, elle peut vivre sans elle. D’ailleurs, elle ne va lui survivre qu’un mois. Elle cherche dans sa folie à l’aimer encore, à le rejoindre. Elle va s’offrir à d’autres, certains vont en profiter pour assouvir leurs plus bas instincts. Jusqu’à oublier l’infime limite qui sépare l’amour de la bestialité, l’homme de l’animal.

C’est cru, très cru, et cela pourrait sembler froid au premier abord, mécanique. Sauf que c’est la folie d’une femme qui ne se remet pas du deuil de l’homme de sa vie. Là où certains ont lu un « court roman pornographique dérangeant », j’ai personnellement lu une romance sombre et violente, un exemple de ce que l’on nomme en psychiatrie la nécrophilie romantique.

 "Lundi 5 Août.

La chaleur avait craquelé la terre de ta tombe et desséché toutes les fleurs… Tu devais étouffer, là-dessous !

J’ai couru chercher de l’eau à la fontaine. L’arrosoir était si pesant que j’ai dû le porter à deux mains. J’ai fait plusieurs voyages, tant la terre était assoiffée. J’avais mal aux reins et aux mains. Je me suis assise sur la pierre tombale voisine, tu sais, celle de ce poète dont nous n’avons jamais réussi à trouver le moindre recueil. Ma robe noire était si mouillée qu’elle me collait au corps. J’étais plus que nue, d’autant qu’avec cette chaleur je n’avais rien dessous. Je me suis tournée vers toi, j’ai remonté ma robe […] »


Stanislas Petrosky

lorage
L'Orage de Régine Deforges
Pocket
En Librairie depuis le 2 Juin 1998
102 pages, 4,10 €

C'est dans l'un des tiroirs du secrétaire de la chambre de Marie, sa jeune tante décédée dix-huit ans plus tôt, qu'il trouva le cahier à couverture de toile noire. Ce cahier est le journal de Marie où elle a consigné son histoire. Celle d'une jeune femme qui aimait son mari à en perdre la raison et ne put admettre que la maladie et la mort le lui aient ravi. Elle se comporta alors comme s'il était toujours en vie, se parant de ses plus beaux atours pour le séduire, s'offrant jà d'autres pour mieux se sonner à lui...