Les avis de Petrosky

Avec un titre comme ça, tu pourrais croire que je vais te causer musique, d’un concert, ben non.

Enfin si d’un concert… mais surtout d’un livre.

Comme aurait dit un gros à lunettes rondes et salopette, Mon Bataclan c’est l’histoire d’un mec. Ce mec c’est Fred Dewilde, jeune quinquagénaire, banlieusard qui pour gagner sa croute est graphiste spécialisé en illustration médicale. Le garçon a deux grandes passions dans la vie : le rock et le dessin.

L’une a failli le tuer, l’autre a sauvé son esprit.

Le vendredi 13 novembre 2015, Fred est dans la salle du Bataclan pour assister au concert des Eagles of Death Metal. Il est là quand les barbares font irruption et tirent sur la foule.

Fred est un survivant, un type qui a eu la chance de ne pas être tué ce soir-là au nom de la folie des hommes.

C’est bien tu vas me dire, il a de la chance. Ouais… c’est sûr, il a du bol d’avoir survécu, au cours de cette soirée, il y a eu 130 innocents de tués, alors oui, il a de la chance.

Sauf que faut vivre avec. Les images sont là, ancrées en lui, les bruits de déflagrations, le sang des autres qui l’a éclaboussée, les cris, l’horreur l’a marquée à vie.

Comment on s’en sort ? Quel est l’exutoire efficace ? 

Ok il y a les psys, tout ça, mais il y a aussi le travail sur soi, que l’on effectue seul. Fred va utiliser le dessin pour ça, il va dessiner la soirée, de la joie de retrouver les potes pour un concert jusqu’à l’arrivée des secours, en passant bien sûr par les cavaliers de l’apocalypse. C’est sobre, intelligent, un véritable témoignage, sans haine ni voyeurisme. Et ça, cela ne doit pas être facile, ne pas être haineux…

Il explique que son humour, son côté Monty Python l’a sauvé. Dans les pires moments, créer une bulle, s’y enfermer, penser au pingouin qui respire par le cul. C’est certain que l’on peut ne pas forcément comprendre, mais lui ça l’a sauvé. Créer cette bulle avec la jeune fille à côté de lui aux portes de l’enfer, c’est ce qui l’a aidé à surmonter cette tuerie.

Puis il y a quelques textes, l’après, comment on vie chaque jour, comment on tente d’effacer… Il est bien Fred, un chic type.

Dans le sang
Dans les lambeaux,
Dans les débris
Dans l’horreur et dans la haine
Je n’ai pas pu partir

 Dans le sang d’un mort
Dans les lambeaux de corps
Dans les débris de vies
Dans l’horreur et la fureur
J’ai eu la chance de ne pas mourir

 Dans le sang d’un mort je me suis allongé
Dans les lambeaux de corps je me suis protégé
Dans les débris de vies je me suis dit que
Dans l’horreur et la folie
J’ai eu l’occasion de pouvoir encore vous aimer »

Stanislas Petrosky

monbataclan
Mon Bataclan de Fred Dewilde
Lemieux Editeur
En librairie depuis le 22 Octobre 2016
46 pages, 15 €

Deux mains qui se tiennent du bout des doigts dans la pénombre. Baignant dans le sang des autres, Fred et celle qu'il prénomme Elisa.
Nous sommes le 13 novembre 2015, dans la fosse du Bataclan.
Ils étaient venus pour le concert des Eagles of Death Metal, mais l'ambiance bascule soudainement dans une tragédie historique. Deux heures durant, leur vie ne tient qu'à un fil. Fred s'emploie à réconforter sa jeune voisine blessée à la jambe. 

Le récit de l'après-attentat témoigne de façon bouleversante, mais toujours digne, de sa vie en mille morceaux qu'il lui faut reconstituer comme un puzzle. Durant des mois, Fred a l'impression étouffante d'être encore prisonnier du Bataclan. Graphiste professionnel, il reprend peu à peu le crayon et le fil de ses idées. Il raconte ses amis rescapés, les réactions de sa famille, l'indicible, ses phobies et ses sentiments intimes de survivant, ses relations avec la police, la justice et sa psy, le jour où il a été reconnu victime, son retour difficile au travail, son enfance en banlieue sensible et le mouvement salafiste, sa tolérance, ses convictions politiques et ses passions rock. 
Fred Dewilde avec son envie de dessiner, de témoigner et de faire récit, démontre aussi que l'on peut résister à l'horreur, et sortir définitivement du Bataclan.