Petrosky by Night

Au théâtre ce soir, l’ami Frédéric Révérend, auteur de l’écurie Lajouanie, m’invite à une représentation d’une pièce de théâtre qu’il a écrite. Une invitation parce que l’homme a aimé la chronique que j’ai faite de son livre, sympa non ?

Nous voici donc avec mademoiselle C. à Gonfreville l’Orcher pour voir ce spectacle. Avant de faire le chroniqueur mondain, et le temps que nous discutions avec Frédéric et sa famille à l’entrée du théâtre, faut que je vous en cause un peu de ce qu’est l’affaire Calas :

Le 10 mars 1762, Jean Calas, accusé d'avoir assassiné son fils Marc-Antoine, est condamné à mourir du supplice de la roue. Un truc super sympa, approuvé par les droits de l’homme de l’époque. On ligote le type sur une roue de charrette et paf, à grands coups de barres de fer, on le casse en petits bouts, un truc réjouissant en public…

Comment en est-on arrivé là ?

Le 13 octobre 1761 à 22 heures, le jeune Marc Antoine-Calas, 28 ans, est découvert mort pendu ou étranglé, dans le magasin de ses parents, marchands d'étoffes au 16 de la rue des Filatiers, au cœur de la ville.

Le capitoul du quartier, David de Beaudrigue, est chargé de l'affaire. Pour ce fervent catholique, la solution de l'énigme est toute trouvée. Marc-Antoine était désireux de se convertir au catholicisme et le coupable est tout désigné :

« C'est le père qui a fait le coup ! »

Ce huguenot d'autant plus farouche qu'ils sont de plus en plus minoritaires à Toulouse, n'a pas supporté ce projet de conversion et a donc assassiné son propre fils. La chair de sa chair ne pouvait se convertir que diantre !

Infanticide !

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Aucune preuve, rien, pas l’ombre de quoi que ce soit pour étayer cette théorie, mais ce n’est pas grave, c’est lui, c’est plus simple, on a autre chose à faire comme peindre la ville en Rose pour pas froisser Nougaro…

Le procès est directement à charge et expéditif car le 9 mars 1762, est rendu un verdict sans surprise. Le lendemain Jean Calas subit le supplice de la roue sur l'actuelle place Saint-Georges. Il agonise des heures durant. Le bourreau finit par l’achevé en l’étranglant, ce qui tiendrait à prouver que les bourreaux avaient un cœur, ben merde…

A noter que l’examen de corps de l’époque, sic, n’a pu déterminer la cause du décès. Il se murmure que cette affaire serait à l’origine ensuite de la naissance de la médecine légale…

A l’époque tu n’as pas internet, certes, mais l’information circule, jusqu’à la Suisse, où demeure Voltaire, qui va prendre les armes, enfin sa plume, ce n’est pas l’inspecteur Harry non plus, et défendre bec et ongle le sieur Calas.

Le Traité de la tolérance publié en 1763 est directement inspiré de l’affaire Calas.

En 1765 le roi réhabilite Jean Calas.

Voilà tu sais tout…

Enfin tu sais tout de l’affaire Calas dans l’histoire, tu ne sais pas encore ce que Frédéric en fait…

Il en a fait un plaidoyer pour la tolérance entre les religions, ce qui en ce moment est une très bonne initiative, et surtout il pose la question qui fâche, question qui d’ailleurs peut s’appliquer de nos jours à d’autres personnages :

Voltaire a t-il fait cela par humanisme, ou pour sa propre image, pour se mettre en avant ?

Tout un débat…

Un débat qui est le pivot, la clé de voute de cette pièce, enfin tel est mon ressenti.

Une mise en scène audacieuse, et surtout des jeux d’acteurs phénoménaux, des changements de rôles, des monologues déclamés tels des diatribes… (Sans déconner ils font comment pour réciter tout ça sans prompteur ?)

Une sortie différente, qui change, et qui montre la grandeur de la palette créative de l’ami Frédéric Révérend.

Stanislas Petrosky

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Texte de Frédéric Révérend 
Edité aux Editons de L'Oeil

Mise en scène : Olivier Broda

Avec : Warren Bauwens, Michel Ouimet, Sylvain Fontimpe, Xavier Guerlin, Louise Jolly, Valérie Thoumire

Scénographie : Noëlle Ginefri

Costumes : Claire Schwartz

Musiques : Vadim Vernay

Lumières : Gilles Gaudet