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Sur l'île, une prison de Maurizio Torchio
Traduction d'Anaïs Bouteille-Bokobza
Denoël
En librairie depuis le 25 Août 2016
256 pages, 16 €
Roman Sélectionné pour le Prix du Balai D'Or 2017

Du tréfonds d'une cellule s'élève une voix. Celle d'un homme placé à l'isolement. Toro a été emprisonné après avoir enlevé la fille d'un patron local, surnommée "la Princesse du café". Le jour où il tue un gardien, il est alors condamné à perpétuité. Toro raconte tout : les relations entre gardiens et détenus, les rivalités et la solidarité entre les prisonniers eux-mêmes. Il décrit la nourriture, le sexe, le monde extérieur, l'attachement désespéré aux objets, les jours et les nuits qui se confondent -tous les détails, même les plus infimes, sont rapportés avec une minutie sans pitié.

Sur l'île, une prison est un roman puissant et hypnotique qui plonge le lecteur dans un univers où l'espace et le temps, le bien et le mal, la lâcheté et le courage tels qu'on les connaît n'ont plus cours.
Dans la lignée d'
Un prophète, de Jacques Audiard, Maurizio Torchio nous livre un récit fascinant et inoubliable, dépourvu de tout jugement ou complaisance, sur la vie carcérale.

Toro a gardé, pendant plus de 220 jours et pour le compte d'une organisation mafieuse, la fille d'un patron local du café. 
Toro pourrait dire 7 mois, cela paraîtrait peut-être moins long... Mais où il se trouve, chaque jour semble une éternité. Toro, pour avoir tué un gardien alors qu'il n'était condamné qu'à une petite peine pour le rapt de la jeune femme, va alors connaître la perpétuité de la prison, celle qui brouille tous les repères, qui ne permet plus de savoir si il est midi ou minuit, s'il est lundi ou jeudi, s'il est l'heure du repas ou du repos.

Maurizio Torchio ne donne ni d'indication de lieu (même si l'île doit être probablement italienne), ni d'espace, ni de temps à cette histoire... Certainement parce que l'enfermement de son héros brouille tous les repères.
Écrit à la première personne (et quelquefois à la troisième du singulier comme si Toro se désincarnait pour raconter "de l'extérieur" cette histoire), le texte est noir, troublant, violent, percutant....

Les phrases de Maurizio Torchio sont courtes, sèches et constituent des chapitres plutôt courts mais d'une grande intensité. Petit à petit, il fait entrer le lecteur dans cet univers carcéral d'une cruauté folle (que ce soit des gardiens comme des autres prisonniers), d'une violence extrême relevant même de la torture à certains moments. Mais, par l'alternance avec l'histoire hors-les-murs de Toro, vient éclater au visage du lecteur une lumière trop forte, comme le soleil de midi fixé sans lunettes de soleil.

Un texte magnifique, sans aucun mot superflu, qui plonge le lecteur dans les ténèbres des cellules d'isolement pour mieux lui remuer les tripes !

Un texte d'une grande force, à lire uniquement si l'on aime être bousculé.... comme l'a également été Le Concierge masqué.

 

La première phrase :

"On te dit : Oreilles.
tu plies les oreilles et tu te tournes, d'abord à droite, ensuite à gauche."