Petrosky by Night

Très Cher Vous,

je dois vous confier une chose : je suis polydéiste…

Oui, je vénère plusieurs dieux, je vous ai déjà parlé de Frédéric DARD, il faut que je vous cause de Maître Jacques, du troubadour des temps modernes, de l’immense poète qu’est Jacques Higelin.

J’ai croisé Higelin à l’âge de quinze ans, l’album s’appelait , la chanson Slim Back Boogie, les paroles m’avaient littéralement envoutées :

Je veux vivre,
Rester libre.

Je veux m`envoler vers le ciel.

Relaxé quinze ans plus tard d`un quatre-étoiles en béton,
Slim Black Boogie file un mauvais coton.

Dealer de cacahuètes, tireur d`élite à Chicago,
Slim Black Boogie cartonne en solo.

Attaque à main armée, racket, hold-up et kidnapping,
Slim Black Boogie tient le haut du parking.

Mauvais polar de série dingue, deux porte-flingues en ciré noir
Envoient Slim Black Boogie faire un break au placard.

D’un coup j’ai écouté tout ce qu’il avait fait avant, je me suis procuré les 33 tours, oui, nous étions en 1985, les galettes compactes musicales n’étaient pas encore nées, peut-être que toi non plus, mais le vieux con qui te raconte sa vie, oui…

Je suis tombé sous le charme de cet homme, mélange de rock, de colère, de poésie, d’amour… De ce jour dès qu’il est venu dans ma Normandie, je suis allé le voir en concert, j’ai dû assister à pas loin de 20 « ive», alors vous imaginez, pour ses 75 piges, Jacquot sort un nouvel album intitulé, je te vous le donne en mille Émile : 75, je suis aussi excité qu’un acarien au salon de la moquette…

Et là tu te rends comptes que depuis plus de 50 berges qu’il est là, il est toujours aussi atypique, poétique, amoureux de la vie et en colère. Sa colère, il va l’évacuer sur un morceau intitulé À feu et à sang, une chanson de plus de 21 minutes…

Higelin

Un album éclectique comme il sait si bien le faire, des morceaux plus rythmés que d’autres, une magnifique déclaration d’amour à Izïa sa fille avec Elle est si touchante, certainement ma préférée de l’album :

Elle est si touchante,
Qu’autour d’elle tout chante,
L’amour de la vie,
Si belle et si charmante,
Qu’autour d’elle tout s’enchante,
Elle s’est si sensuelle…

Des chansons qui parfois pourraient être la continuité de vieux morceaux, comme J’fume digne héritière de  Je suis amoureux d’une cigarette :

Me pique, me perfore, me ponctionne, me perfuse
En attendant que le temps s’arrête,
 Et que le ciel me tombe sur la tête,
J’fume, une provoc’

L’embolie pulmonaire,
L’infarctus, le cancer,
La nécrose,
La thrombose artérielle,

J’fume

Et nuis gravement…

On ne peut faire un papier sur 75 sans s’arrêter quelques minutes, un peu plus de 8 d’ailleurs sur L’emploi du temps, un entêtant et fascinant morceau, dans lequel Higelin se promène tel qu’il le fait depuis toujours dans notre univers, refusant la dictature de l’horloge, de la précipitation, de la vitesse de notre monde moderne, mais qu’il emploie son temps à entretenir le feu sacré de la passion

J’emploie mon temps à gâcher le temps
de ceux qui courent après le temps,
le temps à gagner, ou à perdre
J’emploie le temps à contre temps,
Du temps imposé par autrui
Et que je décompte le temps,
En temps qui détend,
En temps qui détruit…

Une fois de plus Higelin nous montre à la fois la diversité de création et l’absolue liberté de ce géant de la chanson. Il se fout des courants, de la mode, il se moque même de la promo puisqu’il a décidé de ne pas en faire… comme il a refusé le maquillage pour la photo de l’album, le cocard et là, et point barre.

Higelin chantait qu’il était un grain poussière, un fils de la terre et du vent, et une fois de plus il laisse le vent de la poésie et de la création artistique le guider pour faire ce qu’il a envie de faire, et c’est complètement réussi, Higelin ose toutes les audaces musicales pour notre plus grand plaisir. 

Stanislas Petrosky