Les avis de Petrosky

Très Cher Vous,

j’aime Despentes…

Enfin pas la femme, l’auteur. La femme je ne la connais pas. Je me souviens de la première rencontre avec son style incisif, direct, cru, cinglant. Il y a déjà plus de 20 piges : Baise-moi.
Ça tapait sévère, et sans compter celui sorti derrière, encore un cran au-dessus : Les chiennes savantes. Despentes créait son style, du cul, de la violence, du désespoir et de la provocation, et avec moi, et je ne suis pas le seul, cela a pris.

Là, Virginie Despentes nous raconte l’histoire d’un type, une sorte d’icône déchue, enfin petite icône, un ancien disquaire qui a côtoyé, tutoyé le beau linge, la jet-set des années quatre-vingt entre autre.
Seulement vous pensez bien que disquaire déjà lors de la naissance du « compact-disque » ça a commencé à merder, alors à l’heure de la musique téléchargeable, c’est carrément Waterloo…

La dèche, une profession qui s’effondre, un commerce qui ferme, un mec qui se retrouve sans boulot.

De sans boulot à sans domicile, à Paname c’est une chose qui arrive très vite, trop vite. Vernon Subutex, c’est donc ce type qui va d’abord squatter chez les potes, les maîtresses.
C’est l’histoire d’un mec comme disait Coluche. Avec des périodes où il cause du bon vieux temps avec les rencontres, de la nostalgie. Mais quand toi tu as réussi à t’en sortir, quand toi tu as changé d’horizon, parfois tu t’en cognes du vieux copain.

Alors commence la longue descente aux enfers d’un pauvre gars, qui va croiser toute une faune de la nuit, du spectacle, de l’édition, ces anciens amis, les nouveaux.

Vernon Subutex, c’est un Germinal du XXIème siècle, bien que la misère et la détresse ne soient pas les mêmes, Lantier ne cherchait pas à tout prix une connexion internet pour consulter son facebook.

Une immense culture rock au fil des pages, une balade musicale, mais certainement pas La balade des gens heureux de Lenormand, non un peu plus La balade des pendus de Villon.
Le style de Despentes est toujours le même, elle tranche dans le vif, en fait parfois trop tel une diva, mais elle touche où ça fait mal, elle provoque là où il faut, alors on a tendance à lui pardonner.

Certains disent que cela vaut ses premiers livres, je ne trouve pas ! Dans les deux titres suscités dans cette chronique, il y a une colère qui engendre une violence digne de celle du Dobermann de Houssin.
Dans Vernon Subutex, Despentes est toujours en colère, mais sa rage s’est muée en désespoir. Et le désespoir, le fatalisme apportent une certaine sagesse :

"Et l’annonce de sa mort, un matin, un texto sur son portable.
Sur le coup, Vernon s’est contenté, comme les autres, de rester digne à l’enterrement. Lunettes noires.
Ils avaient tous ça chez eux, et un beau costard noir. C’est ensuite que l’effarement l’a accaparé. L’effarement et le manque.
Le réflexe de vouloir l’appeler, l’impossibilité d’effacer ses derniers messages vocaux, l’impossibilité de croire que c’est arrivé.
Passé un dernier âge, on ne se sépare plus des morts, on reste dans leur temps, en leur compagnie."

J’ai le tome deux à lire, je l’ai déjà, j’attends un peu, faut pas pécher par excès de gourmandise, faut digérer d’abord le premier…

Stanislas Petrosky

vernonsubutex
Vernon Subutex 1 de Virginie Despentes
Le Livre de Poche
En librairie depuis le 2 mars 2016
429 pages, 7,90 €

Qui est Vernon Subutex ? Une légende urbaine. Un ange déchu. Un disparu qui ne cesse de ressurgir.
Le détenteur d'un secret. Le dernier témoin d'un monde révolu.
L'ultime visage de notre comédie inhumaine. Notre fantôme à tous.