Très Cher Vous,

je sais que logiquement ici, je ne dois pas faire de polar, de noir, rien de tout cela… Sauf que, ben déjà je n’aime pas l’autorité, aussi mignonne soit-elle, et surtout il faut que vous sachiez que Frédéric Dard est mon maître. Que je suis capable de lire et relire son œuvre très souvent. Pour le plaisir et pour apprendre.

Alors croyez-moi, Une seconde de toute beauté, ce n’est pas la première fois que je la chronique, ça non, mais à chaque fois, j’ai relu le livre avant, et surtout, je réécris mon texte.

Donc en plus de l’humour, de l’érotisme, des documents, de la médecine légale, vous aurez du San-Antonio et du Frédéric Dard ici…

Ce livre est certainement un de mes préférés de Frédéric Dard. Pour moi, il s'agit d'une pure  «une romance noire».

Une romance noire me direz-vous ?

Voici un drôle de genre littéraire. Qu’est-ce donc ? Je vous réponds que ce sont les ingrédients du romantisme teinté de noir

Quelle plus belle histoire d’amour qu’une histoire interdite ? qu’une histoire incomprise ? Qu’une histoire cachée ?

Une seconde de toute beauté est une de ces histoires d’amour-là.

Une romance qui change, qui dépayse, une grande ferme coloniale d’Algérie et les paysages environnants. L’édition originale de cette œuvre date de 1966, quatre années après la proclamation de l’indépendance. Le roman fut même adapté à l’époque pour la télévision sous le titre Prière pour Hélène.

Même si le cadre, la trame historique est importante, cette histoire pourrait- être transposée de nos jours dans un autre lieu, ce qui compte surtout, ce sont les personnages.

Il y a tout d’abord la pièce indispensable : la victime, Helena.

Chacun des protagonistes du livre la juge différemment. Soit aimante et joyeuse, passionnée, insatisfaite et solitaire, soit malheureuse qui n’aime personne… Mais qui était-elle vraiment ?

On la retrouve morte, le pistolet de son père gisant à côté d’elle. Alors, meurtre ou suicide ?

Puis il y a les autres, une famille qui me fais penser au portrait de famille de Brel dans Ces gens-là… D’abord il y a : Angelo et Elisabeth, les parents d’Helena, des colonialistes purs et durs.

Clémentine, la petite sœur, le souffle de fraîcheur de cette maison.

Hernando avec qui Helena est marié, un homme violent, frustré et impulsif dans toute sa splendeur.

Puis il y a tonton un paraplégique légèrement alcoolique…

Voilà comme dans Brel, ils pourraient bouffer la soupe froide. Toute cette famille se retrouve autour d’Helena, avec une seule question : « pourquoi est-elle morte ? »

Les langues se délient. Elle rencontrait un homme, François Sauvage. Était-il son amant, son ami, son confident ?

Peu importe, il arrive au domaine pour subir un interrogatoire musclé et violent.

Ce livre est donc en quelque sorte l'histoire de la mort d'Helena. Seulement pour bien comprendre la mort subite d’une personne, il nous faut auparavant parler de sa vie. Laquelle des deux fut la plus mystérieuse, la plus secrète, sa vie ou bien sa mort ?

Mais au fait : qui était vraiment Helena, est-ce que chacun des personnages présents sait au moins qui elle était vraiment, ce qu’elle faisait et ressentait ?

Ce livre est un huis clos magnifique, violent et pathétique, où les personnages tombent les masques au fur et à mesure du déroulé des pages, teinté d’une véritable et belle histoire d’amour. Dans ces 217 pages, on trouve tout le talent et tout le romantisme de Frédéric Dard qui comme à son habitude conclut l’histoire par une fin inattendue.

Stanislas Petrosky

 uneseconde

Une seconde de toute beauté de Frédéric Dard
Pocket depuis le 26 février 2015
217 pages, 6,30 €

Qui était en réalité Héléna, retrouvée morte, le revolver de son père à son côté ?
Pour ses parents, c'était une fille aimante et joyeuse, pour son mari, une épouse ardente et passionnée, pour son ami et confident, une femme insatisfaite et solitaire, qui se disait «malheureuse parce qu'elle n'aimait personne».
S'est-elle suicidée, s'agit-il d'un meurtre, ou d'un accident ?
Les acteurs de ce drame s'affrontent au cours d'un violent et pathétique huis clos, dans la recherche désespérée de la vérité...


Extrait :

« — Je lui ai dit que je n’en savais rien. Que c’est toujours comme ça, l’amour on ne sait pas comment il vous tombe dessus. Cela commence par une image qui insiste et que l’on ne peut chasser. On a beau tenter de se distraire, l’image est là, plantée dans votre crâne comme un arbre. On se raisonne. On se répète que c’est fou ou impossible, mais plus on lutte plus l’arbre croit. Jusqu’au moment où on s’aperçoit que ses racines vous ont totalement envahi. Les philodendrons, vous connaissez ? un jour chez moi une domestique avait brisé le pot de l’un deux. Il était très grand, très long avec des feuilles larges comme des feuilles de chou. La servante a poussé un cri de terreur en voyant le contenu du vase : il ne restait pratiquement plus de terre, il n’y avait qu’un écheveau abominable de racines. A croire qu’il se nourrissait uniquement de lui-même depuis longtemps. L’amour est en nous comme un philodendron dans un pot. Il nous vide de notre substance pour la remplacer par ses racines. »