Le Confessionnal

Bonjour Stéphane Rose, bienvenu dans le confessionnal de Cécibon de lire, depuis que j’ai créé un personnage de curé, j’aime bien le faire vivre autre part que dans les livres, tu es donc dans son confessionnal...

Mon fils, il me semble que tu vives un peu dans le péché, dans quelques-unes de tes œuvres : «Pourvu qu’elle soit rousse», «misère-sexuelle.com», «le bêtisier des sites de rencontres», tu parles de ton expérience des sites libertins, où hommes et femmes correspondent pour assouvir, souvent, leurs plus bas instincts. Tu as vraiment du mal à choper ? Où est-ce un véritable phénomène de société ?

J’ai écrit ces livres à une période de ma vie où je sortais d’une longue période de couple et où j’avais envie de m’amuser. J’y suis donc allé à fond, autant par envie sexuelle que par curiosité sociologique. Et je n’ai eu aucun mal à choper, moins grâce à mon charme légendaire que parce qu’en effet, c’est un véritable phénomène de société, qui a un peu (beaucoup) modifié nos habitudes amoureuses en facilitant grandement les rencontres. Il faut vraiment y mettre de la mauvaise volonté pour ne rencontrer personne de nos jours.

Dans ces livres, et plus particulièrement dans «misère-sexuelle.com», tu passes en revue, les différents sites de rencontres, aussi bien pour une vie à deux, qu’une partie de jambes en l’air sans lendemain. Bref, tu causes de tout, sauf du plus grand site de rencontre, d’histoires de cul et d’histoires d’amour que je connaisse, enfin pas moi personnellement, tu penses bien, mais ce que l’on en a m’a dit, hein, le grand Facebook… C’est quand même l’un des plus « productifs » et gratuit non ?

Absolument. Quand j’ai écrit "misere-sexuelle.com", les sites de rencontres avaient encore un peu le vent en poupe, mais j’y prédisais déjà leur fin, au profit des réseaux sociaux gratuits, dont Facebook. Tout cela s’est confirmé : aujourd’hui, on drague (et on chope) sur Facebook, et plus encore sur Tinder, l’application gratuite qui lui est associée. Les plus téméraires s’amusent aussi à chasser sur Twitter, LinkedIn, Viadéo et autres supports qui n’ont pourtant rien à voir avec la choucroute, mais certains y arrivent quand même. Les réseaux sociaux sont devenus un grand terrain de jeu sexuel. Youhou !

C’est un point de vue, mais le sexe semble te hanter tout de même. Tu diriges des collections un peu olé-olé à La Musardine[1]… Mais connaissant mes semblables, leurs goûts pour certaines pratiques, leurs fantasmes et la qualité littéraire de certains d’entre eux, tu dois recevoir de véritables pépites ? J’imagine de la prose de haute volée…

C’est comme dans n’importe quelle autre maison d’édition : on reçoit de tout. Des trucs chiants, ou alors intéressants mais trop mal écrits, mais aussi des textes intéressants ET bien écrits, que l’on publie. Donc du point de vue de la littérature, la Musardine est une maison d’édition comme une autre. Ce qui nous distingue, c’est qu’on s’intéresse au cul. Et là, en effet, j’avoue que j’arrive encore aujourd’hui à être surpris par l’imagination que peuvent avoir certains auteurs, hommes comme femmes. Et ça c’est passionnant. Le fantasme humain est une matière fascinante, qui semble perpétuellement se régénérer et ne connaître aucune limite. Au-delà du goût que je peux avoir pour la chose, mon travail à la Musardine est aussi un poste d’observation rêvé pour explorer les recoins les plus obscurs de l’âme humaine (oui, cette phrase est un peu lyrique, mais je le pense sérieusement).      

D’ailleurs, quand on regarde le catalogue de la Musardine, ta biographie, bibliographie, ta vie n’est vraiment faite que de luxure et de volupté ?  Ce qui n’est pas un mal on n’a jamais vu un hédoniste se faire sauter avec une ceinture d’explosif au milieu d’une partouze…

Oui mais si tu regardes mon CV complet, tu verras que je fais plein de choses qui n’ont rien à voir avec la volupté ! Si je dois vraiment me définir, je dirais que je suis banalement ce qu’on appelle un « bon vivant ». Ce qui inclue les joies du sexe, mais pas que.

STÉPHANE ROSE

J’ai lu dernièrement «Comment survivre à une énorme gueule de bois», tu traites avec humour de ce sujet très délicat : les lendemains de fêtes, ou de déprimes, c’est selon l’humeur. J’ai d’ailleurs repéré cette magnifique citation dans ton œuvre : « Le foie est au soiffard ce que la foi est au prêtre : le socle indispensable de sa vocation. » Après les sites de rencontres, l’alcoolisme festifs, les poils pubiens, tu comptes faire un truc sérieux, ou pour toi le cul et la fête c’est sérieux ?

Il faut être très sérieux pour écrire un livre humour. Malgré les apparences, c’est un travail compliqué et souvent exigeant. Essaye toi-même d’en faire un et on en reparle ! Seconde objection : mon livre sur les poils pubiens est très sérieux, c’est une enquête journalistique qui questionne l’art, l’analyse des médias, la psychanalyse… Mais je ne veux pas avoir l’air de botter en touche, donc je réponds quand même oui à ta question. Mes quatre prochains livres (en cours de publication ou d’écriture) seront des livres humour, et j’ai envie d’autre chose. Je pense donc écrire mon deuxième roman en 2017, et il sera « sérieux ». Dix ans après le premier, c’est pas trop tôt.

Tu fais partie de cette remarquable académie des Gérard, un joli parpaing doré comme récompense pour une œuvre, une carrière… En plus du reste déjà suscité, tu aimes te foutre outrageusement de la gueule de tes contemporains, te faire des amis à vie comme Hanouna et Morandini, tu n’as pas honte ?

Non. Et j’en éprouve même un certain plaisir. Le même que peut avoir n’importe quel téléspectateur à grommeler quelques injures devant sa télé. D’ailleurs au départ, les Gérard, c’était ça : trois amis qui disent du mal de la télé. On en a fait un genre de soirée dans un bar pour rigoler, ça c’est su, Paris Première nous a proposé d’en faire un show télé, et ça fait dix ans que ça dure, mais l’esprit originel est toujours le même : des téléspectateurs lambda qui crachent sur leur poste. La seule nuance est qu’on nous filme en train de le faire et qu’on nous donne un peu de sous en échange. Ca ne se refuse pas.

Quand tu n’écris pas, que tu ne travailles pas sur des manuscrits que tu reçois pour la Musardine, tu lis quoi ? Quel livre peut-on trouver sur ta table de nuit, si toute ois tu as une demeure, parce qu’un gus qui fréquente autant les sites de rencontres dors peut-être à gauche à droite tel un coucou des temps modernes…

Je lis des romans, des essais, et la presse. Avec une grande proportion de romans de science-fiction. En ce moment sur ma table de nuit il y a un recueil de nouvelles de Silverberg, qui est un auteur que j’aime beaucoup, beaucoup. 

Stéphane, mon fils, je te remercie de ce petit entretien, et malgré ta vie dissolue, ta sympathie, ton humour  et ton grand talent ne peuvent que m’obliger à t’absoudre de tes péchés, vas en paix…

Merci mon père. Et passe donc nous voir à la Musardine à l’occasion, le fantasme du religieux qu’on détourne du droit chemin est encore assez présent chez pas mal de nos auteurs, je pourrais te présenter des filles (et même des garçons (voire des garçons déguisés en filles)).