Petrosky

Stanislas Petrosky, vous écrivez des nouvelles, des romans, des chroniques mais… êtes-vous également lecteur ?

Oh la, oui, lecteur compulsif, je lis beaucoup… des romans surtout, mais aussi certaines revues, certains articles sur des sites, des BD et même parfois des notices Ikéa, c’est vous dire…

Quel est votre premier souvenir de lecteur ? Le livre qui vous a donné l’envie de lire ou celui qui vous avez particulièrement marqué ?

Celui qui m’a mis le doigt dans l’engrenage de la lecture, c’est "le vieil homme et la mer" d’Hemingway, c’est un livre court, très court, mais quand à 14 ans tu tombes là-dessus, tu te dis c’est génial, et là tu deviens addictif aux livres…

Ensuite la découverte de San-Antonio, et le fameux (pour moi) « J’ai peur des mouches », puis l’écriture de Dard, et Jonquet, Lansdalle, Lehanne, King, Daeninxck puis la nouvelle vague : Thilliez, Saussey, Colize, Piacentini, Gillio…

Parmi vos dernières lectures, quelle est celle que vous nous conseillez particulièrement ? Votre dernier coup de cœur ?

Sans aucune hésitation pour 2016 « Les Lucioles » de Jan Thirion, non pas parce que l’auteur à eu un certain manque de savoir-vivre, c’est à dire mourir juste avant la sortie de son livre, mais simplement parce que c’est un livre magnifique, qui vous conte, vous narre la montée du totalitarisme, du fascisme. Comment sans rien faire nous le laissons accéder au pouvoir. Et surtout il est accessible seul pour les ados, et même avec des plus petits en lecture accompagnée. Ce livre mérite d’être connu, lu et surtout étudié dans les écoles…

Ce n’est pas un roman, mais un testament philosophique…

Ensuite il y a mes coups de cœur qui forment un belle bibliothèque et que je vous invite à découvrir.

« Les disparus de l’A16 », de mon pote Maxime Gillio, c’est déjanté, drôle et fichetrement bien écrit.

« Un long moment de silence » de Paul Colize, parce que si tu refermes ce bouquin sans avoir la larme à l’œil faut que tu files chez ton cardiologue…

« Une seconde de toute beauté » de Frédéric Dard, parce que j’aime les histoires d’amour compliquées, cette écriture romantico-romanesque…

« Les cons » de San-Antonio, parce que c’est toujours autant d’actualité.

« La mort est mon métier » de Robert Merle, parce que le devoir de mémoire se cultive.

« Poubelle’s girls » de Jeanne Desaubry, parce que la crise vue comme ça, j’ai aimé…

« Carrières noires » d’Elena Piacentini, pour l’écriture magnifique et que dame Elena est une grande plume du roman noir avec cette putain de touche d’humanisme…

« Le puits de la perversion » de Michel Vigneron, le livre qui m’a le plus marqué, fait mal, un livre magnifique sur la pédophilie.

« Carrie » de Stephen King, ma découverte de l’auteur.

« la trilogie berlinoise » de Philippe Kerr, du noir pur jus sur fond historique magnifiquement écrit

« Collabo-song » de Jean Mazarin, un grand roman noir

« Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte »et « La belle et la bête » de Thierry Jonquet, je sais ce que tu vas me dire, il y a des coups de cœur pas tout jeune, c’est bien parce que je différencie un livre que j’ai aimé d’un coup de cœur. Un coup de cœur ce n’est pas tous les jours et surtout il dure.

 Dans Ravensbrück Mon Amour, Günther, votre personnage principal, témoigne de la vie du camp par le dessin. Est-ce que le dessin est l’une de vos passions ?

Était… le dessin, la peinture, la sculpture, j’adorais, puis d’un côté je n’ai plus le temps, et de l’autre j’ai enfin réalisé, au bout de longues années, que je n’avais aucun talent… j’étais juste un médiocre copiste.

A force de vouloir toucher à tout, il faut un jour décider dans quelle branche on va persévérer, j’ai fait le choix de l’écriture, et soyons honnête, c’est moins salissant…

Quel artiste (peintre, sculpteur, plasticien, street-artist…) vous fascine ? vous impressionne particulièrement par son travail ?

Je suis assez réfractaire avec certaines performances, par exemple Milo Moiré, cette artiste qui pond des œufs de peinture avec son vagin pour en faire des toiles, complètement nue au milieu de la rue, elle réitère cette année une autre performance, où l’on peut, toujours sur voix public caresser ses seins et son intimité.

Est-ce cela l’art ?

Vaste débat, Warhol disait que l’on a tous droit à son quart d’heure de gloire, mais je préfère m’extasier devant « la Céne » de Dali, les tracés de De Vinci, « Le radeau de la méduse » de Géricault, et autres tableaux de maîtres que face à des artistes plus proche du cabaret que de la « grande » peinture.

Restons dans le visuel, est-ce que le cinéma est un lieu que vous fréquentez régulièrement ?

Non. Non pas que je déteste le cinéma, juste par manque de temps, je ne vis ni de l’édition, ni de l’écriture, donc j’ai une autre profession, ce qui me laisse peu de temps libre.

Pour te dire, le dernier film que je suis allé voir au cinéma, cela doit-être Tintin de Spielberg, et j’ai regretté…

Quel est votre genre de film préféré ? Le film qui vous a le plus marqué ?

Suspens, angoisse… je n’ai pas de genre de prédilection. Fan absolu du cinéma d’Audiard, j’aime aussi les films d’action, de science-fiction, noir… Il fut même une époque où je me gavais littéralement de films d’horreur, d’où le scénario de Bloody Glove et la direction de la collection Slash au sein de L’Atelier Mosésu.

Ai-je le droit à deux films jeune-fille ? votre sourire me dit que oui…

Tout d’abord « le Président » d’Audiard, avec un Jean Gabin magnifique tribun politique, mais surtout, ce film date de 1961… Audiard savait-il à l’époque qu’il faisait de l’anticipation ?

Ensuite « Full Metal Jacket » parce que tu as 17 ans et que la réalité de la guerre du Viet Nam te saute à la gueule, parce que c’est « Paint it Black » qui te révèle les Stones, parce que dans deux ans tu pars au service militaire, et tu ne veux surtout pas tomber sur un salopard tel que Hartmann…

Dans L’Amante d’Etretat, Isabelle écoute de la musique dans son jardin… La musique a-t-elle une place importante dans votre vie ?

Elle est vitale… Je travaille en musique, je cours en musique, j’écris en musique. Je ne sais pas me passer de la musique. Mes premières publications sont sur la musique, des nouvelles sur des groupes de rock, de punk pour les éditions Camion Blanc.

Je vais rarement au cinéma, c’est un fait acquis, mais dès que je peux assister à un concert…

 Qu’écoutez-vous ? Quel est L’Artiste ou LA Chanson qui vous parle tout particulièrement ?

De tout… Rock, punk, rap, pop… Mais les émotions que donnent la trompette de Miles Davis (découverte dans « Ascenseur pour l’échafaud »), le violon de Stéphane Grapelli (découvert dans « les Valseuses ») la guitare de Django Reinhart, et puis surtout les frissons de la BO de Ultimo Tango, fabuleuse histoire d’amour autour de la danse que je viens de découvrir il y a peu en faisant des recherches…

L’Artiste, avec un grand A, Jacques Higelin, dernier poète et troubadour, multi-instrumentiste, parolier et interprète de génie…

La chanson, « la quête » de Brel, magnifique, splendide : Aimer, même mal, même trop…


Merci, Stanislas Petrosky pour ce joli moment de partage.

C’est moi, merci de m’avoir accueilli, et c’est toujours un plaisir d’être en galante compagnie.