glacé

Glacé de Bernard MINIER
Editions XO (24.02.2011)
puis Editions Pocket (10.05.2012)
720 pages

Dans une vallée encaissée des Pyrénées, au petit matin d'une journée glaciale de décembre, les ouvriers d'une centrale hydroélectrique découvrent le corps sans tête d'un cheval, accroché à la falaise. Ce même jour une jeune psychologue prend son premier poste dans le centre psychiatrique de haute sécurité qui surplombe la vallée. Le commandant Servaz, flic hypocondriaque et intuitif, se voit confier l'enquête la plus étrange de toute sa carrière.   Prix du meilleur roman francophone au Festival polar de Cognac




Alors que le paysage français du thriller français regorge d’auteurs, plus ou moins à la hauteur. C’est avec ce nouveau venu qui signe là un premier opus réussi et qui pourrait bien donner du fil à retordre aux premiers de la classe du genre…(Le trio Thilliez, Musso, Chattam semble t’il menacé ?).

En attendant filons à la découverte de ce pavé de plus de 700 pages.

Le commandant Servaz en a vu des situations dans sa carrière de flic, dont certaines, d’envergure. Même si Toulouse n’est pas Paname, la vie n’y est pas rose tous les jours comme le suppute sa réputation aux quatre coins de l’hexagone.
Alors se faire déranger en pleine nuit pour se rendre dans une vallée isolée pyrénéenne pour le meurtre d’un cheval retrouvé la tête décapitée suspendu au sommet d’une ligne de téléphérique, n’attire pas l’égayement de notre commissaire.

Mais lui force l’interrogation suivante : Qui a bien pu transporter cet équidé à une telle hauteur en lui prodiguant autant de violence jusqu’à lui découper deux grandes parties de peau laissées pendantes faisant penser à une chauve souris géante.

 Dans un laps de temps court, Servaz obtiendra l’information que le pur sang est un magnifique bai appartenant à l’un des magnats français : Eric Lombard.
Ce cheval était son préféré, symbole de son prestige. Ce n’est pas par un pur hasard que l’animal dépecé a été retrouvé à proximité de la centrale hydroélectrique de Saint Martin de Comminges qui….appartient au dieu des affaires, Lombard.

Encore lui !

Les soupçons se portent rapidement sur l’institut Wargnier où sont internés des individus les plus dangereux du pays, ayant commis les pires atrocités. D’autant plus que l’ADN de Julian Hirtmann, un serial killer pas comme les autres, résident de cet institut est retrouvé à proximité du cheval.
Sa salive a parlé !

Hirtmann étant quasiment isolé dans ce lieu hautement sécurisé, la question vient à l’esprit de Servaz et de ses collaborateurs.

Comment est-ce possible ?

S’ensuivront deux autres cadavres d’humains, cette fois, retrouvés dans des conditions peu orthodoxes. L’un retrouvé suspendu à un pont métallique et l’autre à une télécabine, tous deux dans le même périmètre de cette vallée.

Hiver noir !

On ne peut qu’être que conquis par ce thriller à la française tant le rythme est soutenu, et l’intrigue est rondement menée dans une atmosphère pesante.

Tout ce que l’on demande à un bon polar !

Les personnages sont loin d’être caricaturés, même dirons-nous plutôt fouillés (Servaz  et Hirtmann ont une passion commune pour l’œuvre de Gustav Malher et sont tous deux des gens cultivés malgré leurs différences. Flic versus psychopathe).
Enfin, indéniablement les Pyrénées et son décor hivernal fait figure également de personnage.

Bernard Minier, parallèlement à l’enquête nous emmène dans l’enceinte d’un hôpital psychiatrique en dévoilant son fonctionnement, ses failles, et son personnel.
Il réussit également un tour de passe-passe intriguant dans la mesure où une double enquête en quelque sorte est menée. (D’un côté le commandant Servaz et les siens et de l’autre Diane Berg, jeune psychologue qui constate d’étranges phénomènes) à l’institut.
L'enquête parallèle jouera d’ailleurs un rôle clef dans l’aboutissement de l’histoire.

Ce premier livre a rencontré un succès mérité et positionne Bernard Minier* dans le peloton de tête des vendeurs de thrillers.

Pas étonnant !

Sans nul doute ce livre, véritable lanceur, a dû certainement y contribuer…

Bonne lecture.

Bruno

_Luchon_ValleeLis (2)

 

         *  Pour en savoir + sur l’auteur et lire l’interview à propos de Glacé c’est ici : http://bernard-minier.com/roman/glace/

 

Extraits :

« Les gens sont des icebergs, pensa t-il. Sous la surface gît une énorme masse de non-dits, de douleurs et de secrets. Personne n'est vraiment ce qu'il paraît. »

«Nous y voilà, se dit-il. Éric Lombard, fils d'Henri Lombard, petit-fils d'Édouard Lombard... Une dynastie de financiers, de capitaines d'industrie et d'entrepreneurs qui régnait sur ce coin des Pyrénées, sur le département et même sur la région depuis six décennies. Avec, bien entendu, un accès illimité à toutes les antichambres du pouvoir. Dans ce pays, les pur-sang d'Éric Lombard avaient certainement plus d'importance qu'un SDF assassiné. »

«C'était un endroit incroyablement solitaire et sauvage, mais aussi d'une beauté qui laissa Servaz sans voix. La même architecture cyclopéenne qu'il avait découverte à la centrale. Il se demanda à quel usage avaient bien pu être dévolus ces bâtiments avant de devenir l'Institut Wargnier. Car il était évident qu'ils dataient de la même époque glorieuse que la centrale et l'usine souterraine: une époque où l'on construisait des murailles et des charpentes qui devaient durer des siècles. »