Les mercredis de Lydie

Bonjour Jacques Saussey,

1.   Pouvez-vous me décrire en quelques mots votre parcours ?

            Eh bien, pour faire court, j’ai aujourd’hui 54 ans, je suis modeleur numérique en métier d’art (je ne peux pas faire plus précis, désolé)… et écrivain (j’ai eu du mal à me faire à l’appellation contrôlée, mais maintenant ça va mieux!). Enfin… j’aimerais bien que ça soit aussi simple!
 
2.   Comment vous est venue l’envie d’écrire ? A quelle période ?

            J’ai écrit ma première nouvelle à 27 ans, en 1988. Une trentaine d’autres histoires a suivi, petit à petit, quand j’avais le temps, jusqu’en 2007. J’aimerais pouvoir dire que j’ai toujours voulu être écrivain, mais ce serait bien éloigné de la vérité. En fait, à l’époque, je n’imaginais pas être capable d’écrire un roman un jour.  Mais une chose est certaine, j’ai toujours aimé imaginer des intrigues. Il aura fallu deux victoires en concours de nouvelles pour que je commence à me poser sérieusement la question - cap’ ou pas cap’? - puis à envisager d’aller plus loin qu’un développement sur une vingtaine de pages. J’ai alors attaqué la rédaction de mon premier roman « Colère Noire », dont le titre original était « La Mante Sauvage ». Je le précise car il y est fait référence dans « De sinistre mémoire », mon deuxième polar, qui a eu la particularité de paraître avant son grand frère - désir de l’éditeur - ce qui a pu être gênant pour la logique de la relation entre Lisa et Daniel…
 
3.   Quel est votre ‘modus operandi’ d’écriture ? (Votre rythme de travail ? Connaissez-vous déjà la fin du livre au départ ou laissez vous évoluer vos personnages ?

             Je n’ai pas de « modus operandi » particulier. J’écris quand j’ai au moins une heure devant moi, histoire de pouvoir me replonger dans l’action avant de reprendre le fil de mon histoire. Peu importe où je suis, s’il y a du bruit ou du remue-ménage, je m’isole avec mes écouteurs et je décolle, la plupart du temps sur du rock (Deep Purple, Stones, Gary Moore, AC/DC, etc.). L’heure de train, le matin, pour aller à Paris, est un moment privilégié. Je n’y déroge jamais. Mais si je peux ne pas aller déjeuner et avancer sur mon roman, ou bien annexer le siège passager de la voiture, je suis preneur. J’ai dit que je n’ai pas d’habitudes, mais il y en a une, quand même, qui s’impose d’elle-même : je suis un travailleur du matin, de très bonne heure de préférence. Le soir, en rentrant, avec la fatigue de la journée de boulot, priorité lecture. En vacances, c’est le pied, je n’ai pas de train à prendre et rien d’autre pour m’arrêter que les yeux qui piquent…
         Pour certains de mes romans, comme « Colère Noire », « Quatre racines blanches » ou « Principes Mortels », j’avais un plan très précis à suivre à la lettre.  Pour tous les autres, je suis parti en surf complet après avoir lu que certains écrivains s’éclataient comme ça, et j’ai adoré. Aujourd’hui, je fais un mix des deux. L’exemple-type est « La Pieuvre », où le schéma temporel est assez complexe. Là, j’ai dû bien visualiser la progression des deux temps d’action pour qu’ils se croisent là où je l’avais prévu dès le début. Mais pour le reste, j’écris au feeling, je laisse mes personnages prendre le chemin qui leur convient, et je ne me donne aucune règle autre que d’être le plus critique possible envers moi-même. Certains auteurs disent qu’ils ne croient pas que les personnages ont une vraie liberté, qu’ils ne font que ce qu’a décidé leur créateur. Et bien moi je suis convaincu du contraire. J’ai parfois méchamment lutté avec certains d’entre eux pour leur faire accepter une action, un sentiment, mais quand ils ne veulent pas, ils ne veulent pas. C’est ce qui prouve, à mon sens, à ce moment-là, qu’on a réussi à leur donner une vraie dimension humaine, qu’ils existent, quelque part, bien au-delà des fils qui sont reliés à leurs mains et leurs pieds.
     Quand ça me plait, j’ai du mal à refermer le clavier. Quand ça ne me plait pas, je coupe tout ce qui me gratte et… j’ai du mal à refermer le clavier. Quand ça ne me suffit pas, j’appelle les lecteurs du cercle N°1 à l’aide pour un coup d’œil plus objectif. Au bout d’un certain temps passé à construire une histoire, je pense qu’un auteur vit une véritable histoire sentimentale avec son livre et qu’il n’est plus capable de juger par lui-même des ses défauts. Le cercle N°1 est vital à cette étape. 4 personnes triées sur le volet, et pas une de plus!      
  
4.   Il y a-t-il des personnages qui existent vraiment, dont vous vous êtes inspiré ?

            C’est arrivé, mais en général je ne prends qu’une partie de la personnalité choisie, histoire que personne ne se sente visé, surtout lorsqu’il s’agit d’un caractère peu sympathique, voire carrément flippant. Je n’ai fait qu’une seule exception à cette règle, mais je ne vous dirai pas où. Et encore, je crois que j’ai rendu ce sale type plus pathétique qu’autre chose…
        Dans « La Pieuvre », j’ai voulu coller à l’actualité criminelle de l’année 1992, et je me suis faufilé à l’intérieur pour faire voisiner mon intrigue avec le cours historique des événements. De la même façon, j’ai utilisé ce procédé avec « De sinistre mémoire » et la fin de la Deuxième guerre mondiale. C’est un truc assez grisant parce que l’on doit effleurer l’Histoire du bout des doigts sans se faire remarquer. Moi qui ne suis pas du tout spécialiste dans ce domaine, ça m’amène à des heures et des heures de recherches pour ne pas passer à côté de la vérité historique.
 
5.   Le parcours a t-il été long et difficile entre l’écriture de votre livre et sa parution ?

            J’ai mis six mois à trouver un éditeur (deux en même temps, en fait), ce qui m’a paru une éternité à l’époque, mais j’ai ensuite pris la mesure de la chance que j’ai eue d’attendre aussi peu de temps lorsque j’ai commencé à en parler avec d’autres auteurs sur des salons. Dans ce parcours-là, il n’y a pas que la qualité du roman qui joue, il faut aussi tomber au bon endroit au bon moment. C’est un peu la loterie, la roue de la fortune…

jacquessaussey
 
6.   Avez-vous reçu des remarques surprenantes, marquantes de la part de lecteurs ?

            Au premier roman, je me souviens m’être jeté sur les critiques des lecteurs comme la misère sur le pauvre monde. Ensuite, j’ai pris du recul avec ça. Surtout avec les bonnes. Car je crois que les avis négatifs, s’ils sont rédigés avec le désir d’exprimer une véritable opinion,  et pas   avec celui de servir de défouloir ou de démontage en règle, apportent toujours quelque chose, même si on a du mal à les avaler. Jusqu’à présent, je n’en ai pas reçu des tonnes, mais j’ai toujours cherché à comprendre ce que le chroniqueur voulait dire, même si ça ne me plaisait pas. Il est vraiment très rare que je sois revenu bredouille de cette chasse-là.
           Mais il y a les remarques marrantes, aussi. Il faut dire que je suis le spécialiste du bug d’étourderie. Par exemple, j’ai changé de marque de voiture en cours d’écriture (DSM), j’ai fait jouer Gabin et Morgan dans Hôtel du Nord (Colère Noire), j’ai placé la frontière américaine à 600 km de Montréal (au lieu de 60, corrigé dans le poche grâce aux copains hilares du Québec!), etc… Des trucs idiots, qui ont passé au travers des mailles du filet de la correction et qui sont un peu, hélas, ma casserole. Heureusement, personne ne m’a jamais jeté la pierre pour ça. Les lecteurs doivent trop se poiler, sans doute…
 
7.   Avez vous d’autres passions en dehors de l’écriture (Musique, peinture, cinéma…) A part votre métier, votre carrière d’écrivain, avez vous une autre facette cachée ?

            Ma première passion, depuis toujours, c’est la lecture. Du polar, à plus de 95%. Tout gamin, j’en avalais des tonnes chaque année, et ça ne s’est jamais tari. Il faut dire que maintenant, je connais des tas d’auteurs aussi bons les uns que les autres et que ma bibliothèque ne désemplit pas! J’aime la musique, le rock, principalement, et je m’amuse parfois à écorcher les morceaux que j’adore avec l’instrument qui me tombe sous la main. Guitare, harmonica, et piano depuis peu. Et ce que j’ai peint, je préfère le passer sous silence. A part mon Loup, bien sûr… (Parution en janvier 2016 au Toucan!)
 
8.   Quels sont vos projets ?

            Comme je l’ai si habilement suggéré une ligne plus haut, je piaffe en attendant la parution de mon huitième roman « Le Loup Peint » en janvier prochain aux éditions du Toucan. La correction devait débuter fin août, et la couverture suivra juste après. C’est un one-shot qui, je l’espère, vous surprendra avec une toute nouvelle équipe de flics basée à Auxerre, dans l’Yonne. Je suis en train d’écrire mon neuvième roman (un Lisa et Daniel, suite de « La Pieuvre »), et j’en ai deux autres qui attendent sagement derrière, ainsi qu’une pièce de théâtre, donc j’ai du travail au moins jusqu’en 2019 ou 2020. Presque jusqu’à la retraite, quoi!

9. Quels sont vos coups de cœur littéraires ?

              Ces derniers temps, j’ai lu quelques excellents romans :

« Je suis Pilgrim », de Terry Hayes, un thriller de 900 pages (version poche) époustouflant et vraiment terrible. Un très gros coup de cœur pour moi.

« Nous rêvions juste de liberté », d’Henri Loevenbrück, roman noir absolu sur le monde des bikers, mais aussi sur la force et les faiblesses de l’amitié.

« Enfants de Poussière », de Craig Johnson, un polar dans la région rude du Wyoming, fief du shérif Walt Longmire, vieux flic cabossé pas forcément original mais à l’humour grinçant qui me fait craquer depuis le premier roman de l’auteur. Et quel talent de romancier!

« Violence à l’origine », de Martin Michaud, l’un des auteurs phares du polar québécois aujourd’hui, à lire absolument!
 
10. Avez-vous un site internet ou un blog où vos lecteurs peuvent laisser des messages ?

            L’adresse de mon site :
http://www.jacques-saussey-auteur.com/une_cartouche_de_noir/Accueil.html
             Le blog:
http://jacques-saussey.over-blog.com
et aussi sur FB, Twitter, Viadeo, Linked In…
 

MERCI, je vous laisse avec l'interview réalisée pour Montargis Web TV ! ;-)