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Le dernier Lapon d’Olivier Truc
Editions Métailié Noir  publié le 13/09/2012
puis collection Points  N°  3103 publié en Sept. 2013

Demain, à Kautokeino, en Laponie centrale, le soleil, disparu depuis quarante jours, va renaître entre 11 h 14 et 11 h 41. Demain, Klemet va redevenir un homme avec une ombre. Demain, le centre culturel compte exposer un tambour de chaman légué par un compagnon de Paul-Emile Victor. Mais dans la nuit, le tambour est volé et un meurtre est commis. Klemet et sa coéquipière Nina, patrouilleurs à la police des rennes, se lancent dans une enquête déroutante à travers la toundra glaciale.

 

 

 

Il est des livres qu’on achète en période estivale et que l’on met de côté pour lire en hiver afin de se mettre dans un pseudo -contexte. Il est des livres qu’on tarde à finir volontairement, où l’on traîne langoureusement en pressentant l’ivresse du plaisir s’en aller. Ce livre est de ceux là.

L’autre fois je discutais et vantais les mérites de ce livre avec une auteure et amatrice de polars (une certaine Marie qui a eu le privilège de rencontrer notre homme du jour!) qui me disait qu’Olivier Truc était un sacré conteur. Effectivement pour ce premier roman il réussit un véritable coup de maître. Prenez  vos cartes , habillez vous chaudement , je vous emmène dans le Grand Nord…

Kautokeino. Lapon. Température avoisinant les – 40° C.  L’entrée du musée de cette ville du Grand Nord  Norvégien est dévastée. Un tambour Sami ancestral lapon, symbole de la culture locale se voit disparaître du musée. Verdict : Vol avec effraction. La nouvelle se propage et atterre la population, et les policiers n’en mènent pas large sous la pression des politiques d’Oslo, et des lapons qui en rajoutent. Les hypothèses sont nombreuses et la police du cru accorde  leur temps le plus souvent à s’occuper des querelles d’éleveurs de rennes que de pièces de musées. Cà c’est pour le tambour ! Une cerise sur le gâteau  surgit, puisqu’une double enquête leur tombe sur la soie avec Matthis Labba, retrouvé mort  au pied de son scooter carbonisé. Qui a pu s’en prendre à ce pauvre vieux type, cet éleveur de rennes qui s’est noyé au fil du temps dans la fourberie de l’alcool. Qui a pu s’acharner comme cela  sur cet homme jusqu’à lui en trancher les oreilles ?  

 Le duo de la police des rennes – Klemet Nango– Nina Nansen-est sur le coup.  Klemet c’est lui, l’homme de souche d’ici, Nina c’est elle, fraîchement débarquée de l’école de police et mutée dans les grandes plaines australes. Certains éléments peuvent ils affirmer que les deux affaires peuvent s’entrecroiser ?  D’autant plus que l’on découvre que Matthis avait une personnalité plus complexe qu’on puisse le penser d’emblée. Fils de chaman, l’expérience de son père en la matière a certainement laissé des traces, mais surtout on découvre au fil des pages qu’il a le don de fabriquer des tambours Sami avec le savoir et la dextérité que pratiquaient les anciens. Peu de gens sur cet immense territoire possèdent cette faculté. Avouons que c’est cher payé, de se faire buter avec en prime la marque de fabrique locale des les éleveurs de cette contrée nordique : couper les oreilles des renes afin d’enlever le marquage propre à chaque troupeau. Revenons à notre tambour disparu.
Nina est chargée d’enquêter à ce sujet , cela l’emmenera en France sur les traces du donateur de ce symbole rare élaboré par les samis qui sont la dernière population aborigène d’Europe.Quand Henri Mons, proche collaborateur de l’explorateur Paul Emile Victor lègue gracieusement son tambour, il en reste seulement 71 dans le monde. En sachant que ce dernier est le seul à revenir sur le sol Lapon, vous en déduirez l’importance capitale de l’événement et de surcroît un trésor inestimable.Nina obtiendra quelques éléments précieux lors de ce court séjour en France malgré l’état de santé du vieil homme.
Pendant ce temps sur le sol Lapon, Klemet poursuit ses investigation et suspecte un Lapon hors du commun, vivant seul avec sa femme sous sa tente parmi ses renes. C’est Aslak, redoutable et redouté de ses compatriotes, chassant à l’ancienne selon la tradition locale, costaud comme une montagne, connaissant ses terres comme nul autre. Faudra t’il suivre cette piste ou bien se tourner vers un second français, cette fois ci présent sur le sol  polaire ? Cet étrange géologue que seule l’étude de vieilles cartes du grand Nord Européen lui permet de chasser ses démons. Racagnal de son nom est un bien curieux personnage et le duo Klemet-Nina aura bien du mal à cerner sa personnalité, celui-ci ayant toujours une longueur d’avance sur eux.

Ce fameux roman intrigant à souhait est à la fois géologique, géopolitique, ethnique, sans que la fiction soit écrasée par l’érudition, comme le souligne Michel Abescat dans sa critique littéraire dans Télérama. Ce livre de presque 600 pages transporte le lecteur aux confins de cette destination polaire aux us ancestraux. Les joïks ou autres tambours regorgent de significations tout comme les terres qui cachent au sein de leurs entrailles bien plus de chose qu’on ne le pense. Olivier Truc (journaliste au Monde et spécialiste des pays nordiques) nous familiarise avec cette région au climat rude,où le soleil et la luminosité se montrent guère tout en menant une intrigue policière tambour battant. C’est le cas de le dire ! Enfin l’auteur revient sur une expédition de 1939 dirigée par Paul Emile Victor en l’intégrant dans sa fiction. C’est fabuleusement  réussit. Ce premier roman est de très bonne facture et mérite son succès auprès des différents jurys qui ont pu le récompenser. Chers  lecteurs  de CCBDL je vous recommande chaudement cette lecture. Vous n’en serez aucunement déçu et pour finir je donne raison à la susnommée Marie. « Quel conteur cet Olivier Truc ! »

 Bonne lecture.

 Bruno

 

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 Extraits  :

 « Il fit réchauffer son petit-déjeuner habituel, une bouillie de sang de renne. Il y a longtemps, Mattis, quand il avait encore son esprit et qu'il ne craignait pas son ombre, l'avait invité chez lui à boire du café et manger du pain. Aslak n'avait pas aimé.

Heureusement, le renne lui donnait tout ce dont il avait besoin. Depuis toujours.
Il était né dans une transhumance, voilà bien longtemps. La première fois qu'il avait tété le sein de sa mère, il faisait moins quarante degrés. Sa mère en était morte. Il avait alors été nourri à la graisse de renne fondue. Le renne était un bon animal si l'on savait en prendre soin. Il nourrissait, habillait. »

 " Tu vois Aslak, ces montagnes, elles se respectent les unes des autres. Aucune n'essaye de monter plus haut que l'autre pour lui faire de l'ombre ou pour la cacher ou pour lui dire qu'elle est la plus belle. On peut toutes les voir d'ici. Si tu vas sur la montagne là-bas, ce sera pareil, tu verras toutes les autres montagnes autour." Jamais son grand-père n'avait autant parlé. Sa voix était calme comme toujours. Un peu triste peut-être. "les hommes devraient faire comme les montagnes. " avait dit le vieil homme. Aslak ne disait rien. Il regardait son grand père, et il regarda le paysage qui s'étendait autour de lui. Jamais les montagnes alanguies de Laponie n'avaient été aussi belles. Les vagues infinies de bruyère avec leurs tons de feu, de sang et de terre, étincelaient et crépitaient de vie sous les rayons du soleil. »