querelleur

QUERELLEUR de Frédéric H. FAJARDIE
Babel Noir n° 346
144 pages


Cheval fonçait vers moi sur ses vieilles jambes, dérapant dans le terrain lourd. je me sentis tout à la fois très menacé et terriblement bien. Il y avait décidément quelque chose d'indicible dans ce vieux cheval qui venait à moi. Il était à quelques mètres, sa robe bai-brun étincelait et, fugitivement, j'en fus reconnaissant à Gu. Gu qui avait reculé. Je le savais et une moitié de moi-même, pour des raisons de principe, voulait se retourner pour faire front mais l'autre moitié restait fascinée par Cheval, se foutant de Gu et de son calibre. Puis, presque imperceptible, il y eut un léger froissement. Gu dégainait. Ma main plongea. jamais je n'avais été aussi vite de ma vie. Il n'avait pas fini de dire "Freddy" que je m'étais retourné et me laissais tomber sur le côté en l'ajustant. Les détonations se confondirent et la brûlure que je ressentis m'empêcha presque de voir le crâne de Gu éclater.

Ecrit durant l'été 1978 ce roman policier ne fait pas dans la dentelle. Comme on dit en Normandie c'est du " brut de pommes" (à la fois clin d'œil, le final du livre se déroule en cette région) car çà dégaine sec autour du caporal Klein, pourtant lui même en route vers une expédition punitive afin de retrouver le ou les assassins de son défunt frère abattu froidement.
L'enquête est menée tambour battant et ventre à terre. Fajardie n'y va pas par quatre chemins aussi bien dans son écriture, en y mêlant l'usage de l'argot que dans ses scènes où çà canarde, çà saigne et çà va vite. Le rythme est effectivement soutenu telle une course poursuite d'un bon vieux film américain des années 70.

Frédéric Klein est un traqueur traqué, un caporal en cavale, un déserteur pris entre l'étau des poulagats d'un côté et des malfrats de l'autre.
Mais pourquoi diantre s’acharne-t-on sur son sort depuis le jour même de la disparition de son frère ?

Dans ce court mais intense roman, l'on voyage aussi bien dans une tourelle de char d'assaut, de chambres d'hôtel, de prairies normandes que dans les locaux du journal Paris-Turf.
Le tout en évitant les éclats de grenade et les balles sifflantes, évidemment !

Ne comptez pas, en lisant ce polar d'y trouver un soupçon de poésie. La violence est là et ne laisse entrevoir peu de sentiments à l'exception d'une courte idylle au caporal qui finira en queue de boudin.

Après avoir lu et vraiment apprécié la théorie du 1 % du même auteur, je trouve que Querelleur est un ton en dessous. A la fois, ce dernier a été écrit bien avant la série des Padovani et a certainement permis à l'auteur de faire ses premières armes. Je devrais être donc moins intransigeant et remercier les Editions Actes Sud d'avoir réédité ce livre qui est paru dans la collection Sueurs Froides chez Denoël en 1983 et qui était devenu depuis introuvable. Les fanas du polar se réjouiront donc du cadeau !

Bonne lecture.

Bruno

Extraits :

" C'est peut-être une question de nature. Il y a les gloutons, ceux qui voraces, se jettent tout de suite sur le meilleur. Il y a aussi les raffinés qui chipotent d'un air hautain. Moi je suis plutôt du genre pervers. Si je garde le meilleur pour la fin, c'est pour mieux me régaler. "

" La façon dont je dégringolais plusieurs marches sans me répandre ni lâcher le pacson, çà tenait de Médrano un soir de première. "

QUErelleur édition originale